Ce qui ne l'empêche pas, d'ailleurs, d'ajouter à cette matière imprimée de copieux volumes, dans la pensée, apparemment, que les yeux des «consommateurs» sauront en tirer mieux que ce «très mince profit.»
Il ne serait pas difficile de trouver des esprits très distingués et très expérimentés qui donnent la note contraire. Je me bornerai à deux ou trois citations dont on n'a pas encore abusé. C'est lord Sherbrooke donnant ce conseil: «Prenez l'habitude de lire, quoi que ce soit que vous lisiez; l'habitude de lire les bons livres viendra quand vous aurez pris la coutume de lire les médiocres.»
«On apprend quelque chose chaque fois qu'on ouvre un livre», dit un proverbe chinois qui ne s'inquiète pas de la qualité du livre qu'on ouvre.
Sans aller si loin, la sagesse des nations a inspiré aux Anglais, n'en déplaise à Charles Lamb, cette formule: «Un livre est un livre, quand même il n'y aurait rien dedans.»
Le moraliste Vauvenargues croit que, si l'on se met à un auteur, il faut tout prendre de lui, le bon et le mauvais, quitte à exercer son droit de critique et à distinguer. Il en donne la raison. «Si on ne regarde que certains ouvrages des meilleurs auteurs, on sera tenté de les mépriser. Pour les apprécier avec justice, il faut tout lire.»
C'est l'avis des souris de Florian:
........ Il n'est point de volume
Qu'on n'ait mordu, mauvais ou bon.
Qu'importe? dit un sceptique correspondant du journal anglais Notes and Queries, Mr. C. A. Ward: «Il n'y a guère de livres qui puissent changer la face du monde. Un ingénieur de chemins de fer y réussit mieux avec ses plans que la Politique d'Hooker, ou l'Areopagitica de Milton; l'influence des livres, grands ou petits, est toujours la même, c'est-à-dire à près nulle.»
Il s'ensuit assez logiquement qu'il n'y à point à se gêner, et qu'il est indifférent de lire n'importe quoi, ou même de ne pas lire du tout.
Le Chansonnier varié pour 1815 fait plus d'honneur aux «Romans du jour.» Ils sont du moins bons à quelque chose. Oyez plutôt: