Et son orgueil est grand; il a
Ce que personne n'a. Voilà!
Mais, comme Mr. J. Rogers Rees le fait très justement remarquer dans ses Pleasures of a Book-Worm, «l'avidité avec laquelle on recherche et achète les premières éditions des livres fameux et les volumes contenant des autographes de l'auteur ou réveillant d'une façon ou d'une autre des souvenirs spéciaux, n'a rien qu'on doive déplorer. Le dada du dénicheur de livres est assurément aussi sensé que tout autre, et, de plus, il en appelle directement au cœur et à la tête, aux sentiments affectifs et à l'intelligence.»
«Qui peut se vanter d'avoir lu le Télémaque tel que l'écrivit Fénélon, demande Jules Janin, s'il n'a pas lu Télémaque dans l'édition originale?»
M. Aug. Laugel exprime la même idée en la développant jusqu'à s'en enthousiasmer et à bondir du terre-plein de l'érudition aux régions éthérées du sentiment:
«Pourquoi voulons-nous posséder des éditions originales?... C'est pour avoir le document vrai, la pensée de l'auteur, telle qu'elle est sortie de son cerveau...
«Par l'étude des additions, des changements, des retranchements [dans les éditions originales successives], nous entrons dans le cœur même de l'auteur. La bibliophilie devient ici de la psychologie...»
Et, supposant qu'il vient de découvrir tout à coup, sur un vieux bouquin relié en veau, les armes de Mme de Sévigné, il repart en un mouvement dithyrambique:
«Pensez-vous que ces armes ne me feraient pas bondir de joie? Avoir à soi, tenir dans ses mains, toucher, manier, remanier un livre qui a été lu par l'adorable femme qui a donné tant d'heures de joie à toute âme bien née, n'est-ce rien? Et croyez-vous que, si telle trouvaille était faite, l'heureux bibliophile, possesseur du volume, s'amuserait sottement à en changer la reliure, à mettre du maroquin où il y avait du veau? Celui qui commettrait un tel crime serait honni de tous ceux qui ont l'amour du livre.»
Ailleurs, il s'explique, d'un ton plus calme, mais non moins convaincu: