»Elle se tut en essuyant une larme. Et je n'oublierai jamais comment elle avait su, en trois mots, faire mesurer le vide profond laissé par la mort de son homme.»
Le couple humain, souche de la famille et embryon de la société, est donc un tout parfait, formé de deux moitiés distinctes. Mais pour que l'entier se constitue et se maintienne, il est indispensable que ces deux moitiés s'adaptent de telle sorte que ni tiraillements ni chocs ne parviennent à les séparer.
CHAPITRE II
A LA DÉCOUVERTE
Ce que je sais le mieux c'est mon commencement, s'écriait l'Intimé. Il n'est guère de jeune marié qui puisse en dire autant. On se trouve, du jour au lendemain, lancé dans des eaux inconnues, où il faut naviguer à la découverte. La moindre imprudence peut être funeste. Toute fausse manœuvre peut faire prendre une direction qui éloignera à jamais du port, si elle n'amène pas du premier coup le naufrage. On ne saurait donc trop consulter la boussole et se conformer aux règles de la navigation, au début de ce voyage au long cours dans des mers ignorées.
Ce sont ces dangers qu'ont en vue les moralistes et les pères de famille lorsqu'ils mettent en garde contre les unions précipitées.
«Dans la jeunesse, dit Ferrand dans ses conseils à son fils, on est exposé souvent à se laisser séduire par les apparences; on croit voir des avantages réels dans ce qui n'en a que les dehors. On contracte étourdiment un lien indissoluble; on reconnaît trop tard son erreur: l'union se perd, l'aigreur s'en mêle, de là les séparations, les scandales publics, et la mauvaise éducation que reçoivent presque toujours des enfants nés d'un mariage mal assorti.»
Il dit encore: «Il est affreux d'être uni à un être dont la société est un tourment qui ne doit finir qu'avec la vie; surtout gardez-vous de vous laisser séduire par les charmes de sa figure, avant de savoir quel est son caractère... La figure passe, le caractère reste; et l'on se trouve condamné aux regrets d'avoir été trompé, et de l'être pour toujours.»