Un des plus anciens et des plus nobles dépôts de la sagesse humaine chez les hommes de notre race, le livre des Védas, contient cette maxime: «L'homme n'est complet que par la femme, et tout homme qui ne se marie pas dès l'âge de la virilité doit être noté d'infamie.» Il dit encore: «La femme est l'âme de l'humanité.» Belle parole qui, comme le fait remarquer M. Armand Hayem dans son livre Le Mariage, remet en mémoire un mot de Prudhon frappé au même coin: «La femme est la conscience de l'homme personnifiée.»

«Ainsi, ajoute M. Hayem, c'est une manière de l'homme de se compléter que de s'unir à la femme.»

C'est même la seule, déclarons-le.

Il y a, sur les vieilles filles et les vieux garçons, un double proverbe à rimes trop triviales pour que je le rapporte ici, mais qui dénote bien le sentiment populaire à cet égard. Ce sentiment n'éclate-t-il pas, d'ailleurs, avec une force irrésistible dans l'unanimité de toutes les langues à faire du mot moitié le synonyme d'époux?

Une anecdote, racontée par M. Lorédan Larchey dans son ouvrage intitulé: Nos vieux Proverbes, fait sentir d'une façon poignante que cette métaphore apparente est bien, après tout, l'expression d'une réalité. On nous saura gré de la transcrire:

«Un jour, dans la Loire-Inférieure, nous vîmes une pauvre petite vieille filant solitaire à la porte d'une chaumière perdue sur les rives du lac de Grandlieu.

»Au moment où nous passions, une pluie d'orage la contraignit de rentrer, en nous offrant l'abri de son toit. Tout, dans l'unique pièce, était d'une extrême propreté; et, comme on l'en complimentait, elle dit:

»—Hé! mon Dieu! je n'y ai point de mérite, je suis toute seule.

»—Et vous avez toujours été de même?

»—Dame, non! j'avais un mari, mais, hélas! sa compagnie m'a quittée.