montrant ainsi que c'est à l'être le plus fort de former le plus faible, et que, dans le ménage, le rôle d'éducateur appartient au mari. Il y a, d'ailleurs, réciprocité, et ce que la force—j'entends l'énergie de caractère—de l'homme doit faire sur la femme, la douceur de la femme le doit faire sur l'homme. «Quand la femme traite bien son mari, il en vaut mieux[4]

Cette action mutuelle est trop évidente pour qu'il soit nécessaire d'y insister. Mais elle est trop intéressante aussi pour que les moralistes et les sociologues—excusez le mot—ne l'aient pas étudiée sous tous ses aspects et dans tous ses effets. L'évêque Landriot a dit avec un vrai bonheur d'expression:

«Le frottement du caractère de la femme sur celui de l'homme imite l'action de la pierre ponce: il enlève les aspérités, il polit.»

Ailleurs, en ces termes pompeux qu'affectionne l'éloquence de la chaire, mais avec beaucoup de justesse et de netteté, il fait le départ entre le rôle de l'homme et celui de la femme dans le mécanisme de la vie à deux. «A l'homme la force, dit-il, le courage et une certaine austérité dans l'intérieur de la famille. Cette austérité, je n'en veux pas dire de mal, car elle est nécessaire, et sans elle la famille se dissoudrait dans un excès de molle bonté; mais elle ne suffit pas, et son complément est dans le cœur et sur les lèvres de la femme. Quand le mari fait entendre cette voix pleine d'autorité qui met partout le mouvement et la vie, la femme arrive et, comme l'huile de suavité, elle se glisse à travers les rouages, elle adoucit les frottements, elle facilite l'exécution... A une parole énergique et paternelle, elle joint un conseil de mère, un mot de son cœur, un regard affectueux; et cette sage combinaison d'efforts continus fait que tout va bien dans la famille.»

C'est ce que madame Necker avait essayé d'exprimer, sans pouvoir éviter une subtilité et une sécheresse aussi peu propres à convaincre qu'à persuader. Voici la phrase: «Pour ajouter aux synonymes mener et conduire, il me semble qu'on pourrait dire: dans un ménage bien assorti, la femme doit mener et le mari doit conduire; l'un tient au sentiment et l'autre à la réflexion.»

Quelle que soit la forme donnée à la pensée, le fond en est toujours le même: la femme et l'homme sont nécessaires l'un à l'autre. De même qu'il faut que deux nuages se rencontrent pour que se dégage de chacun d'eux l'électricité qu'ils renferment, de même les énergies, les puissances, les qualités de l'homme et de la femme ne se manifestent en leur plein que lorsqu'ils sont unis et qu'ils s'influencent mutuellement.

«Une femme n'est jamais par elle-même tout ce qu'elle peut être, dit Ch. de Rémusat; il importe à sa perfection qu'elle soit aimée et qu'elle soit heureuse.»

Heureuse dans son amour et par son amour,—cela ne va-t-il pas de soi?

Ce n'est pas à dire, répétons-le, que le mariage ait en soi, et indépendamment de toute circonstance extérieure et de tout effort personnel, la vertu de donner à chacun des époux réunis ce qui lui manquait lorsqu'il était seul. C'est une condition—la meilleure, sans doute—pour l'acquérir; mais là encore nous sommes les artisans de notre propre bonheur. Aussi H. Raisson dit-il fort justement: «Le mariage donne de l'étendue ou à notre bonheur ou à nos misères.» Addison l'avait dit avant lui:

«Le mariage agrandit le théâtre de notre bonheur et de nos misères. Un mariage d'amour est agréable; un mariage d'intérêt commode; et un mariage où les deux choses se rencontrent, heureux. Un heureux mariage a en soi tous les plaisirs de l'amitié, toutes les jouissances du bon sens et de la raison, et, de fait, toutes les douceurs de la vie.»