N'accroist grain, bien n'héritage,

non plus qu'il ne donne les qualités dont manquent les époux.

Le plus sage prend patience, supporte tout ce qu'il peut le plus longtemps qu'il le peut, et, lorsqu'il est à bout, prend son chapeau et s'en va.

Où va-t-il? On peut le supposer, et la femme en a l'instinct, lorsque, seule et dépitée, elle se dit: S'il ne se plaît plus chez lui, c'est qu'il ne m'aime plus, car s'il m'aimait, comment se trouverait-il mieux ailleurs?

Le raisonnement peut être bon, mais il y manque l'aveu qu'elle ne se rend pas aimable, et que le résultat dont elle souffre tant, elle a tout fait pour l'obtenir.

C'est ce que dit, en termes peu différents, le Code Conjugal:

«Il est un point dans le mariage sur lequel on n'insiste pas assez; c'est que l'infidélité des maris, cette source permanente de trouble, de querelles et de réciprocités, est la plupart du temps le résultat du peu de peine que les femmes prennent pour leur plaire. Combien de jeunes personnes, charmantes avant le mariage, se croient, une fois unies à celui qu'elles enviaient pour époux, dispensées d'amabilité, de prévenances, de douceur même. Un jeune homme, avant de songer à se marier, a nécessairement connu le monde, étudié les femmes; il sait que l'on tenterait en vain, par des plaintes, de réformer leurs travers; il se tait donc, et se console de son mieux en s'éloignant d'un intérieur qui lui offre trop peu d'attraits. Mais la femme, dont toute l'expérience se borne à des souvenirs de pension, s'étonne d'abord, cherche à s'expliquer cette injurieuse froideur, et bientôt, de la bouderie passe aux reproches et à l'exagération.

»Une telle union sera pour les deux époux une source de peines et de maux.»

La conduite de l'homme, son scepticisme, son ironie, son dédain pour les faiblesses ou les ignorances féminines, sa vanité souvent cruelle pour l'amour-propre et les susceptibilités de sa compagne, peuvent amener inversement le même effet. En ce cas il est encore plus coupable, puisque, étant le plus fort et le plus éclairé, il doit être le plus raisonnable et le plus maître de lui.

Sans doute, comme le dit Horace Raisson, «si trouver toujours sa femme aimable n'est guère possible, l'être toujours soi-même n'est guère plus aisé.» Les caractères les plus unis ont leurs inégalités, et personne n'est à l'abri des influences fâcheuses qu'exerce sur la disposition de l'esprit une contrariété, un accident, une inquiétude, un malaise physique, parfois même une simple variation dans l'atmosphère. Mais les époux dignes de ce nom ne songeront jamais à en faire vis-à-vis l'un de l'autre un sujet de rancune ou de reproches; au contraire, devant le chagrin de l'un, l'autre redoublera de prévenances, de tendresse et d'entrain, pour l'en guérir. Et il l'en guérira sûrement, car, comme l'a si bien remarqué sir John Lubbock, «un ami gai est comme un jour ensoleillé qui jette son éclat sur tout autour de lui.»