Oh! l'indulgence, la patience, le pardon de la femme, jamais on n'en vantera assez la précieuse et réconfortante vertu. «En soignant tendrement mes faiblesses, déclare, au grand honneur de sa femme, un auteur écossais[22], elle m'a guéri des plus nuisibles. Elle est devenue prudente par affection; et bien qu'elle soit d'une nature très généreuse, elle a appris l'économie dans son amour pour moi. Elle m'a doucement arraché à mes dissipations; elle a donné des tuteurs à un caractère faible et irrésolu; elle a poussé mon indolence à tous les efforts qui m'ont été utiles ou honorables; et elle s'est toujours trouvée là pour gourmander mon insouciance ou mon imprévoyance. C'est à elle que je dois ce que je suis, à elle que je dois ce que je serai.»

Un prélat catholique[23], tout en se plaçant à un point de vue plus général et plus élevé, tenait dans la chaire un langage identique. «Un homme, s'écriait-il, peut avoir de grands défauts, de grands vices; il peut avoir ses heures d'irritation, où il traitera sa compagne avec des termes aussi durs qu'injustes: n'importe, si la femme est ce qu'elle doit être, il la respectera malgré lui, il aura en elle toute sa confiance; et malgré les paroles violentes auxquelles souvent la passion fait semblant de croire quand elle les profère, le cœur restera fidèle, le cœur s'inclinera devant la vertu, le cœur aura confiance; car c'est un autre privilège de la vérité, qu'il n'est pas permis à l'homme de mépriser longtemps et sérieusement une vertu que rien n'ébranle et qui persiste au milieu des plus dures épreuves.»

Tel est le mariage: «L'école la plus sûre de l'ordre, de la bonté, de l'humanité, qui sont des qualités bien autrement nécessaires que l'instruction et le talent.»

C'est Mirabeau qui l'a dit, et il serait difficile de le récuser comme partial.

L'auteur de La Sagesse, le vieux Charron, a écrit à ce sujet quelques lignes où se sent une émotion contenue, assez rare dans son œuvre. «Mariage, dit-il, est un sage marché, un lien et une cousture sainte et inviolable, une convention honorable; s'il est bien façonné et bien pris, il n'y a rien de plus beau au monde, c'est une douce société de vie: pleine de constance, de fiance, et d'un nombre infini d'utiles et solides offices, et obligations mutuelles.»

J'emprunte encore cette page au Spectator d'Addison:

«Le mariage est une institution faite pour être la scène incessante d'autant de bonheur que notre être en est capable. Deux personnes qui se sont choisies entre toutes, dans le dessein d'être l'une à l'autre un encouragement et une joie, se sont, par cet acte même, engagées à être de bonne humeur, affables, discrètes, indulgentes, patientes, gaies, en face des fragilités et imperfections de l'une ou de l'autre d'entre elles, et cela jusqu'à la fin de leur vie... Lorsque cette union est ainsi gardée, les circonstances les plus indifférentes font éprouver du plaisir. Leur condition est une source incessante de joies. L'homme marié peut dire: Si le monde entier me rejette, il y a un être que j'aime absolument, qui me recevra avec joie et transport, et qui se croira obligée de redoubler de tendresse et de caresses pour moi, à cause de la tristesse dans laquelle elle me voit plongé. Je n'ai pas besoin de dissimuler les chagrins de mon cœur pour lui être agréable; ces chagrins mêmes ravivent son affection.

»Cette passion qu'on a l'un pour l'autre, lorsqu'elle est une fois bien fixée, entre dans la constitution même de l'être, et y coule aussi aisément et silencieusement que le sang dans les veines...»

Douce manière de traverser la vie, appuyés l'un sur l'autre, bravant les mêmes dangers, savourant les mêmes joies, se relevant aux faux pas et se retenant aux heurts sans jamais tomber tout à fait, car le devoir, l'estime et l'affection les entourent d'indissolubles attaches, et ce qui lie soutient!

CHAPITRE VIII