Pour ce qui est du linge, il faut que la maîtresse de maison n'en ait ni trop, ni trop peu. «Trop, il jaunit sans servir, encombre les armoires, et c'est de l'argent inerte qui pourrait avoir un produit avantageux. Pas assez est peut-être pis encore: on n'a pas le temps de l'arranger, de le raccommoder convenablement; la nécessité des autres dépenses fait ajourner celle-ci; le linge s'altère de plus en plus, s'use bientôt tout à fait: il faut des frais extraordinaires pour le renouveler. Si on ne le peut, l'esprit de désordre s'introduit dans la maison...
«Une chose indispensable, c'est de placer le linge à votre usage, ainsi que vos vêtemens, le linge et les habits de votre mari, de vos enfans, à portée de la chambre de chacun. Cette seule précaution épargne beaucoup de perte de temps, de confusion et d'ennui...
»Tout le linge en général, et principalement les serviettes, doit être longtemps reprisé avec soin; mais il arrive un certain point où il n'est plus susceptible d'être raccommodé; alors le temps énorme qu'on emploie à sa réparation est un temps perdu. Quand le linge est ce que l'on appelle élimé, choisissez ce qu'il peut y avoir de bon dans les coins pour l'usage de vos enfants, ou pour mettre des pièces à celui qu'on peut raccommoder encore, et que le reste soit en réserve pour les cas de maladie... Chacun voit combien il est ennuyeusement onéreux d'employer beaucoup de temps, de payer de nombreuses journées d'ouvrières pour raccommoder du linge qui revient du blanchissage tout aussi mauvais qu'avant d'y aller. Voilà, s'il en fut jamais, une économie mal entendue...
»Un état détaillé du linge, qui en marque le nombre, les diverses qualités, la date, le degré de bonté et d'usage, doit se trouver dans chaque armoire, et se vérifier tous les trois mois. Grâce à cette habitude, vous saurez à point nommé la quantité de linge qui s'approche plus ou moins de la réforme...
»Il en est des habits comme de tout le reste; dit madame Pariset dans ses Lettres sur l'Economie domestique, «c'est l'arrangement et la propreté qui conservent tout, l'on a remarqué que les femmes les moins riches et qui dépensent le moins pour leur toilette sont souvent les mieux mises.» La nécessité de conserver ce qu'elles ne peuvent renouveler que rarement, l'habitude de l'ordre qu'inspire et facilite en général une fortune médiocre, voilà les raisons de cet avantage, qui surprend au premier abord.» Ajoutons-y le bon goût, que les richesses ne donnent pas.
«Attendez pour adopter quelque mode, qu'elle se soit établie, et lorsqu'elle est d'une nature ridicule, attendez que l'usage général en ait presque fait une loi, car il arrive que ces modes grotesques ne durent qu'un mois, et qu'ensuite il est impossible de se servir de choses qui ont coûté fort cher. Au reste, gardez-vous de la manie de faire et de refaire sans cesse vos bonnets, vos fichus: comme la mode et la fantaisie varient continuellement, le temps s'use, l'étoffe disparaît dans ces mutations puériles, qui entraînent beaucoup de peines, de dépenses, font négliger le soin du ménage, et, en déplaisant avec raison au mari, amènent souvent l'humeur et la discorde. De plus, les petites filles prennent ce goût et, femmes, restent toujours de grandes enfants jouant à la poupée...
»Quant aux emplettes des vêtemens, le temps en est à peu près fixé à chaque saison, afin d'avoir des choses plus nouvelles. Il importe de se garder des bons marchés, des choses passées de mode, puisque la mise d'une femme ne vaut que par la grâce et la fraîcheur. Mais il faut avant tout consulter les circonstances qui peuvent se rencontrer, comme les frais d'une maladie, un retard de paiement, une perte quelconque. C'est alors sur l'habillement, et surtout sur sa toilette personnelle que la maîtresse de maison doit faire porter la réduction nécessaire; son premier devoir comme son premier plaisir étant le bien-être continuel de son intérieur. Alors son mari ne s'apercevra point du sacrifice, ou s'il s'en aperçoit, ce sera pour chérir encore plus sa compagne...»
Tout le chapitre XIX serait à citer. «Je n'ai, dit l'auteur, cessé jusqu'ici de prêcher l'ordre, et la régularité en est l'âme. Fixez le temps du sommeil pour chaque personne de votre maison; les femmes doivent dormir un peu plus que les hommes, et les enfants plus que les femmes. Que chez vous, en été, on se couche à dix heures et qu'on se lève à six, et pendant l'hiver à onze heures et à sept. Les domestiques doivent se coucher un peu après et se lever avant. Pour éviter toute discussion et tout prétexte à cet égard, mettez un réveille-matin dans leurs chambres...
«Dès que vous serez levée, vous ferez préparer le cabinet, l'atelier, le laboratoire de votre mari, en un mot la pièce où il doit s'occuper; si un emploi quelconque l'appelle à bonne heure dehors, vous veillerez à ce qu'il prenne quelque chose de chaud. Donnez ensuite un coup d'œil à toute la maison; voyez si la cuisine est propre; examinez les restes et le parti qu'on en peut tirer, ordonnez les repas du jour: veillez à faire nettoyer et préparer les chambres; tandis qu'on fera la vôtre, occupez-vous à mettre en ordre les comptes de la veille... Si vous avez de jeunes enfans, à l'heure déterminée pour leur lever, passez avec la bonne dans leur chambre, veillez à ce qu'on les habille, qu'on les peigne proprement, ou bien occupez-vous de ces soins, si doux pour une mère... Sachez toujours ce qu'ils font, même lorsqu'ils s'amusent.
«... Ne laissez jamais la moindre dépense arriérée, même celle des ports de lettres chez le portier; fixez le temps que vous emploierez à l'éducation de vos enfans, et cela d'après leur âge, leur sexe, votre état. Si vous êtes seule, tout en vous occupant d'ouvrages à l'aiguille, nécessaires au bien-être de la maison, cultivez votre mémoire, exercez votre imagination sur quelque sujet littéraire, votre jugement sur quelque trait d'histoire; tâchez de pouvoir vous dire chaque jour: «Je n'ai pas perdu un moment pour les autres et pour moi-même.»