CHAPITRE X

LE MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

La sphère d'activité de la femme, c'est le ménage. Elle rayonne au dehors, mais tout doit s'y rapporter. L'homme, au contraire, a pour département les affaires extérieures, le maniement des fonds, les fonctions civiles et militaires, les intérêts politiques et industriels, les poursuites de littérature et d'art, les questions de compétition, d'avancement, de succès, de gain, tout ce qui constitue la lutte pour la vie; et la maison est pour lui le lieu du calme et du repos. C'est une grande faute d'intervertir les rôles ou d'empiéter de l'un sur l'autre: les résultats en sont souvent funestes, et rien ne prête à rire davantage.

Le Jean-Jean ne vaut pas mieux que la virago; seulement il est plus ridicule. A une époque où la rudesse des mœurs faisait qu'on n'en venait guère aux gros mots sans en venir aux coups, la Coutume de Senlis (1375), entre autres, édictait contre de tels maris cette punition joyeuse:

«Les maris qui se laissent battre par leurs femmes seront contrains et condemnés à chevaucher sur un âne, le visaige par devers la queue du dit âne.»

«Il y a, dit La Bruyère, telle femme qui anéantit ou qui enterre son mari, au point qu'il n'en est fait dans le monde aucune mention: vit-il encore, ne vit-il plus? On en doute. Il ne sert dans sa famille qu'à montrer l'exemple d'un silence timide et d'une parfaite soumission. Il ne lui est dû ni douaire, ni conventions; mais à cela près, et qu'il n'accouche pas, il est la femme, et elle le mari... Monsieur paie le rôtisseur et le cuisinier, et c'est toujours chez madame qu'on a soupé.»

Tout le monde peut mettre, sous ce portrait, le nom de quelque personne de connaissance, car, pour n'être pas très communs, les ménages institués sur ce modèle se rencontrent un peu partout. On lit dans l'ouvrage anglais Pensées d'une femme sur les femmes: «J'entendais un jour une femme mariée dire avec beaucoup de complaisance et de satisfaction: «Oh! monsieur m'épargne toute la peine dans l'intérieur du ménage; il fait le menu du dîner, va chez le boucher choisir la viande, paie toutes les notes, tient les comptes de la semaine, et ne me demande jamais de faire quoi que ce soit.» A part moi, je pensais: «Ma chère, si j'étais vous, j'aurais grand'honte et de moi-même et de M. X***.»

Le fait est qu'il n'y a pas à tirer vanité d'un tel renversement de devoirs, qui n'est évidemment qu'un pur désordre.

D'autres s'y prennent plus habilement, parce qu'au lieu d'être simplement des paresseuses ou des frivoles, elles sont ambitieuses et prétendent exercer leur gouvernement sur ce qui les regarde le moins. Madame de Rémusat nous donne le signalement de cette espèce.