De grâce et de vertus...[44].»
«Qui trouvera la femme forte? demande l'évêque Landriot. La femme forte qui résiste aux chocs si nombreux de la vie, aux tristesses de familles, aux froissements d'intérieur, et à toutes ces peines intimes qui, semblables aux légions d'insectes en automne, assiègent continuellement le cœur de la femme; la femme forte qui préside avec une sagesse imperturbable aux travaux de sa maison, aux détails du ménage, aux soins des enfants, à la surveillance des domestiques et à l'ordonnance de cette multitude de petites affaires qui se succèdent dans la famille aussi rapidement que les nuages dans le ciel? Qui trouvera la femme forte, plus forte que le malheur, que les coups de la fortune, que les calomnies, que la malignité humaine; et qui, après le passage de toutes les vagues, demeure comme la colonne en mer pour éclairer et fortifier les pauvres naufragés!»
Heureux, inexpressiblement heureux celui qui n'a qu'à regarder à son côté pour répondre: La voilà!
C'est autant à l'un qu'à l'autre des deux époux qu'il appartient de faire qu'un tel bonheur ne soit pas rare.
CHAPITRE XII
LA GRANDE JOIE
Le mythe biblique de la formation de la femme tirée de l'homme, chair de sa chair, os de ses os et sang de son sang, a une profonde signification. L'homme sans la femme n'est pas complet, il lui manque quelque chose de lui-même, et ce n'est que par son union avec la femme que se constitue vraiment l'unité de l'être humain. C'est aussi par là que s'assure physiologiquement la perpétuité de la race; et, comme il arrive chaque fois que les conventions sociales sont d'accord avec la nature, le but social du mariage aussi bien que la suprême joie des époux, c'est l'enfant.
L'enfant, nous lui avons consacré, dans le cours de ces essais, bien des chapitres et même un volume tout entier[45]. Nous nous garderons de notre mieux de tomber dans des redites, n'ayant à le considérer ici que comme un facteur nouveau dans les éléments ordinaires et prévus de la vie à deux.
Un adage français du seizième siècle, souvent repris et commenté sous différentes formes, disait: «Enfans sont richesses de pauvres gens.» Et les commentateurs d'ajouter, pour ceux dont l'esprit est lent, qu'en effet les enfants des gens pauvres, et plus particulièrement des paysans, coûtent peu à nourrir, aident les parents dès leur bas âge, remplacent les valets de ferme, augmentent par leur travail les produits de l'exploitation, et sont ainsi source de richesses pour les pauvres.