Ce sont là raisonnements d'économistes. Nous en apprécions la valeur, mais nos préoccupations, pour le moment du moins, ne se portent pas de ce côté. A notre point de vue,—celui des mères,—les enfants sont richesses pour tous. Richesses de cœur, trésors d'affections, vivants réservoirs de tendresse, sanction définitive de l'union des époux, qui renouvelle et perpétue leurs premiers sentiments d'amour.
«Le mariage sans enfants, c'est le monde sans soleil», a dit Luther.
Un romancier contemporain, qui, sans doute, ne songeait guère au mot du fameux réformateur, fait dire à un de ses personnages:
«Le ménage sans enfants, quelle hérésie! C'est plus tard, devant le foyer vide, devant la glace des cendres froides, le tête à tête d'une vieille fille et d'un vieux garçon, deux vieux égoïstes, tout à leurs manies, à leurs rhumatismes, à leurs grincheries longuement aiguisées l'une contre l'autre comme deux lames de couteaux, tout au sentiment de leur inutilité dans la société, sans la douceur d'êtres à aimer, d'enfants, de petits-enfants, de toute cette vie neuve et fraîche, sortie de vous, coulée de votre sang, et vous rappelant votre enfance, votre jeunesse, adoucissant votre vieillesse de la caresse de ressouvenirs?... Ah! allez! Qu'est-ce qui peut rattacher à la vie, sans cela?...[46].»
Il semble que les choses mêmes s'animent, s'illuminent à la présence de l'enfant. Lamartine a rendu cette impression subtile et vraie, ce sunt gaudia rerum, avec une émotion singulièrement communicative, quand il parle du temps
Où la maison vibrait comme un grand cœur de pierre
De tous ces cœurs joyeux qui battaient sous ses toits,
et où
La vie apparaissait rose, à chaque fenêtre,
Dans les beaux traits d'enfants nichés dans la maison.