Nous ne troublerons pas, par des développements désormais inutiles, la délicieuse impression que laissent ces vers. Mais peut-être nous sera-t-il permis de répéter un mot charmant sorti du cœur même de notre douce France:

Vieil en amours, hyver en fleurs[52].

CHAPITRE XIV

HOME! SWEET HOME!

«Pour mon compte, dit J. Michelet dans son Journal, je ne comprends que deux femmes: celle qu'on peut associer à ses pensées, peut-être même à ses travaux; ou bien, la modeste ménagère qui, le jour, gouverne son petit royaume. Le soir, je la vois assise près de la table de travail. Elle file. A deux pas, le berceau, qu'elle endort au doux ronflement de son rouet.»

On a vu que ces deux femmes peuvent n'en faire qu'une, et c'est alors surtout que la joie et le calme de l'intérieur sont assurés.

Dans les classes où le travail de l'homme est insuffisant et doit être augmenté, pour entretenir la famille, des fruits du travail de la femme, on a remarqué que rien ne vaut le labeur fait à la maison, auprès des enfants, et, s'il se peut, de concert avec le mari. Malheureusement, les nécessités de notre état économique sont telles que femme et homme doivent souvent se quitter dès le matin, aller à des ateliers différents et ne se retrouver que le soir, harassés et moroses, devant un ménage en désordre et un âtre éteint. Les enfants se sont, pendant ce temps, gardés comme ils ont pu: tantôt la sœur aînée, fillette de sept à huit ans, veille sur ses petits frères; tantôt c'est une vieille du voisinage qui aurait grand'besoin d'une garde-malade pour elle-même: ou bien la mère, en courant au travail, s'arrête devant la crèche ou l'asile du quartier et y met les plus petits, et les plus grands vont à l'école lorsqu'ils ne s'arrêtent pas en chemin à recevoir l'éducation du ruisseau. La maison n'est plus qu'une tanière où l'on se réfugie le soir, et le lit conjugal qu'un grabat où s'étendent, dans la torpeur, les membres fatigués. L'homme prend son repas à la gargote, se chauffe et se surchauffe chez le distillateur, ne rentre plus qu'ivre et sans le sou, bat sa femme, bouscule ses enfants et cuve son eau-de-vie jusqu'au lendemain. Dix fois sur vingt la femme finit par en faire autant.

Ce lugubre tableau a été tracé bien des fois par des pinceaux plus vigoureux que le nôtre. Mais il était utile de le remettre sous les yeux de nos lecteurs, pour leur faire mieux comprendre le bienfait inappréciable qu'est pour le pauvre et le travailleur un intérieur propre et bien tenu.

«Je ne crois pas qu'on triomphe de l'alcoolisme par l'augmentation des droits sur l'alcool, dit Jules Simon. Ceux qui ont l'habitude de boire auront recours à des poisons plus grossiers et on n'aura fait qu'aggraver leur maladie. Ils s'adonnent presque tous à l'ivrognerie, parce que leurs maisons sont des taudis abominables auprès desquels les cellules des prisonniers sont des paradis. On ne videra les cabarets qu'en rendant la maison du pauvre habitable. Le vrai remède à la plupart des maux dont nous souffrons est la reconstitution de la vie de famille.»