Tout le monde y trouverait son compte, d'ailleurs, et la richesse publique en augmenterait. M. Armand Hayem met en pleine lumière cette vérité: «Comme la famille offre la première image du groupe social, dit-il, elle offre aussi celle du groupe industriel. La maison devient l'atelier le plus productif, celui où règne le plus grand ordre, où le travail se divise le plus naturellement, où tout est épargné, ménagé, recueilli: le temps, la force, la matière, l'excédent; où se réfugie et s'observe la morale simple et attrayante. Tous les économistes conviennent que la famille est la meilleure combinaison de travail et l'atelier qui fournit la plus grande somme de produits avec le moins de frais.»

Rabelais, le grand railleur qui, par une ironie plus amère que tout le reste, n'a pas voulu, dans son livre qui comprend tout, faire entrer l'amour, dit pourtant quelque part avec une sorte de gravité émue venant peut-être d'un retour sur lui-même: «Là où n'est femme, j'entends mère de famille et en mariage légitime, le malade est en grand estrif.» Hélas! le malade c'est l'homme, même quand il se porte bien. L'estrif, l'embarras, le danger, l'amertume de la vie ne saurait s'amoindrir ou s'adoucir pour lui tant qu'il est seul.

Au contraire, il y a une telle félicité dans la vie commune de l'homme et de la femme s'aimant, se soutenant et s'aidant à travers les plus rudes épreuves, que William Cobbett a pu écrire sans être taxé de paradoxe:

«Quand on a vu, comme moi, le pauvre laboureur rentrer à la nuit tombante par la petite porte de son jardin, les épaules chargées d'une provision de bois pour un ou deux jours, au moment où plusieurs jolies créatures, qui étaient depuis longtemps à guetter l'approche de leur père, se précipitent dans la chaumière pour annoncer la joyeuse nouvelle, et reviennent encore plus vite pour voler à sa rencontre, grimper sur ses genoux, ou se suspendre à ses vêtements; quand on a vu des scènes comme celle-ci, des scènes que j'ai souvent contemplées avec un sentiment de bonheur toujours nouveau, on se demande si une vie de privations n'est pas préférable à une vie d'aisance, et si des rapports constants et directs avec ses enfants, rapports que rien ne vient troubler, ne sont pas préférables à ceux en travers desquels viennent se placer précepteurs et domestiques, ce qui ne peut que produire une diminution d'affection.»

Les Anglais passent pour avoir réalisé l'idéal de la vie de famille, de la vie du home, comme ils disent. Le home n'aurait, à ce qu'on prétend, aucun équivalent dans les autres langues, particulièrement dans la nôtre. On oublie que ce terme est un mot allemand (heim); et, quand les Romains combattaient pro aris et focis, quand nous, Français, nous mettons au-dessus de tout l'honneur et la paix du foyer, il paraît qu'il reste encore dans le home de nos voisins britanniques quelque chose que ni les Romains, ni nous, n'avons jamais connu. J'ai beau chercher, je ne trouve pas ce que peut être ce quelque chose, si ce n'est la banalité. Le home anglais est, en effet, la plupart du temps, grand ouvert—non pas gratis—à l'étranger. Pour quelques shillings ou quelques livres sterling—suivant le genre de vie—par semaine, le premier venu y trouve le vivre et le couvert, board and lodging; de sorte qu'on a pu dire que, dans le Royaume-Uni, toute bonne ménagère se double d'une maîtresse d'hôtel.

Quoi qu'il en soit, la vie du foyer, l'existence à deux, reflétée et répercutée dans les enfants, a été de tout temps chantée avec enthousiasme par les poètes anglais. Écoutons-en quelques-uns, parmi les moins connus.

Doux est le sourire du foyer, dit Kable; le regard qu'on se renvoie,

quand les cœurs l'un de l'autre sont sûrs;

douces toutes les joies qui se pressent dans le nid du ménage,

séjour de toutes les pures affections.