Le long couteau dont le fil brillait et qui gisait près du bonhomme l’attirait. Elle le saisit avec autorité, le serra comme si elle eût voulu se le souder au poing. Après avoir poussé une bassine au bon endroit, elle enjamba le ventre énorme gaillardement. Elle ne craignait pas qu’on vît ses cuisses. Sa robe était, d’ailleurs, très ample, et ses beaux mollets paraissaient à peine, moulés dans des bas de laine naturelle filée à temps perdu.

Sous sa main, le cœur de l’animal palpitait d’une façon pesante. Elle le chevauchait avec quelque sensualité pour recueillir sa chaleur et s’en faire de la force. Son bras se leva pour prendre son élan.

— Attention ! cria Ourtic.

Mais déjà la lame se cachait tout entière dans la chair. Maïténa la sortit lentement. Puis, elle la jeta loin d’elle avec le même dégoût qu’en chassant Pascal de son lit.

Les cris de la victime s’échappèrent, un instant, par la plaie, et moururent par saccades.

Maï se redressa. Une joie tumultueuse roulait dans son cœur. Elle savait s’y prendre pour tuer. Elle contempla le sang qui coulait avec force comme le vin rouge d’une barrique pleine. Elle y trempa ses mains ; et, sans aucune gêne, elle regarda Pascal dans les yeux en haussant les épaules.

— Il n’y a plus du tout de jus ! dit un homme.

Elle saisit la bassine rouge. On ne l’observait pas. Elle s’arrangea pour passer près de la barrière.

— Je sais m’y prendre !

Et Pascal eut l’impression qu’elle emportait dans ses bras la charge de son propre sang.