— Le pauvre ! Il a l’estomac vide ! Il va souffrir de la faim si on le fait attendre encore !

Le tueur arrivait enfin. Il était dans sa période de travail, la seule de l’année. En hiver, il mangeait, il buvait pour les douze mois. Le reste du temps, il ne faisait rien. Ce matin, il avait déjà tué et « dîné » quatre fois, comme on dîne aux pelle-porcs. La saison commençait à peine ; aussi, n’était-il pas encore très gras, mais il était ivre.

Pascal passait sur la route. Attiré par les quolibets, il s’approcha ; et puis il s’accouda à la barrière sans parler, pour profiter d’une occasion de voir Maï.

Elle se cachait dans sa cuisine pour ne pas assister à l’égorgement de son nourrisson, comme toute fermière qui a un peu de cœur. Mais, lorsqu’elle aperçut le jeune homme par la fenêtre, elle sortit.

— Allons ! donne tes outils ! viens te faire saigner ! disait-on au boucher.

— Il ne peut pas travailler. Il est trop plein ! déclara judicieusement Ourtic.

Cependant, on tirait de sa loge un cochon rose et noir, aux oreilles courtes, au groin allongé, pur spécimen de la race béarnaise — car le Béarn a une faune absolument originale.

Quatre hommes le saisissaient par les pattes, et le retournaient comme un matelas d’un mouvement bien concerté. Hurlement sans grâce et sans modulation, mais qui réjouit Ourtic. L’animal gueulait la richesse de la ferme.

Le saigneur s’approcha. Il avait ingurgité un liquide trop précieux. Il avait trop de dignité. Il s’étala par terre de tout son long.

Maïténa éclata de rire.