— Il est tombé dans la mare ?

— Oui, dit Pascal.

Maïténa et Pascal ne pouvaient parler davantage. Ils étaient destinés tous les deux à une autre scène, à la même heure. Ils avaient manqué leur destin. La première, consciemment, le second, inconsciemment, ils en restaient très troublés.

Le petit garçon qui ne comprenait rien à cette gêne et qui d’ailleurs avait froid se mit à parler avec volubilité. Il ressentait quelque fierté de devenir ainsi, tout à coup, un personnage de premier plan.

— La terre était glissante. Ce n’est pas ma faute. Et puis, maman, ne m’en veux pas, car j’ai failli me noyer. Demande-le à Pascal. Il a failli se noyer lui aussi. L’eau est très profonde à cet endroit. Tu sais, c’est près du vieux peuplier. J’y passais pour aller plus vite. Heureusement que Pascal n’était pas loin. Maman, tu entends, j’ai failli me noyer.

Maïténa l’enleva brusquement au jeune homme. Après la mère fallait-il qu’il eût aussi le drôle ? Elle emporta son petit dans la cuisine ; elle le dépouilla de ses vêtements mouillés comme on dépouille un lapin. Ensuite, elle lui administra une fessée qui le réchauffa.

Elle avait aimé son mari d’un amour complet. L’amour qu’elle ressentait pour son fils ne pouvait être qu’accessoire. La passion de la femme est pour l’homme. Lorsque cette passion va à l’enfant, c’est qu’elle n’a pas trouvé d’homme à quoi s’adapter. Le cas de Maïténa est donc le plus naturel quoique le plus rare.

Son fils ne se rattachait pas à sa chair qui s’était révélée et absolument assouvie pendant la nuit de Pascal. Tous les matins, elle infligeait au drôle une correction préventive qui le rendait sage pour la journée. Aujourd’hui, elle avait oublié de le faire, et elle ne s’étonnait point qu’il se fût si mal comporté. Elle l’aimait lucidement.

— Reviens à l’école ! Et suis la grande route !

Elle le regarda partir. Elle le conduisit des yeux jusqu’au tournant. Pascal était resté en face de la maison, sur la route. Il n’avait pas osé entrer. Par la porte ouverte il avait suivi la fessée ; et maintenant il regardait aussi le petit garçon qui s’en allait, le corps redressé.