Pascal attendait il ne savait quoi. Au bout d’un moment, cette attente lui pesa. Au même instant, le revolver pesa dans la poche de Maï.

Il la gêna.

On ne voyait plus l’enfant. Il n’y avait plus là de raison tangible à la présence du jeune homme. Il ressentit la nécessité de remplacer la raison de sa présence par quelques paroles.

— Je suis content d’avoir pu te le ramener.

Il la gênait autant que le revolver, outil ridicule et inconvenant. Un paysan bien équilibré se sert-il du revolver, l’arme des cocus ? La jeune femme en rougit. Elle s’assimilait à une machine. S’était-elle servi d’une machine pour regretter son mari ? Et s’était-elle servi d’une machine pour jouir ? Pour punir, une machine était absurde.

Le revolver et Pascal la gênaient. Elle donna d’abord son congé à l’homme.

— Tu peux t’en aller tranquille ! Il n’y reviendra pas ! Dans ma famille, nous ne faisons pas deux fois la même bêtise.

Et puis, débarrassée de l’homme, elle ferma sa porte pour aller se débarrasser du revolver. Elle le déchargea et le jeta au fond d’une armoire.

Tout l’édifice du châtiment de Pascal s’écroulait. Elle n’en souffrait pas beaucoup. Elle éprouvait autant de plaisir aux préparatifs qu’à l’acte lui-même. Les préparatifs étaient achevés. Et elle songea même, une seconde, à laisser vivre Pascal.

Elle y renonça. Elle n’avait pas assez d’imagination pour abandonner un projet qu’elle nourrissait depuis le début de l’année. Elle n’était ni médecin ni sorcier pour faire vivre les gens.