Comment je suis sorti du fossé, je l’ai oublié. Ce qu’il y a de sûr, c’est que l’homme n’était pas bien loin quand j’en fus hors. Je le reconnaissais facilement. Il portait une ceinture bleue ; et Pascal Jouanou est le seul du village à ne pas en porter une rouge, comme tu sais.
Je le laissai aller. Je savais où le retrouver. Seulement, je ramassai la hache qui se trouvait par terre et dont il venait de se servir pour tuer le défunt. Elle avait bien sur sa partie plate du sang et de la cervelle, mais elle était neuve, et, mon dieu, je l’ai emportée chez moi.
Comme Maïténa faisait un mouvement, il eut peur de l’avoir blessée sans utilité.
— Je me laisse entraîner à te raconter beaucoup de détails. Mais je n’ai jamais dit cela à personne, et je m’en souviens comme si c’était hier. Je ne l’ai jamais dit à personne. J’ai fait ça pour toi.
Elle poussa un grand soupir qu’il considéra comme la ponctuation finale de son récit. Bien au chaud, il la considéra avec satisfaction. Le corps très dur de Maïténa s’affermissait encore pour contenir, de toute la force de ses seins et de ses bras, son secret nouveau et sa fièvre. Quelques paroles raclèrent sa gorge serrée.
— Puisque vous saviez, pourquoi l’avez-vous marié à votre fille ?
Ourtic ne comprit pas bien cette question. Vraiment, il ne trouvait pas qu’il eût récompensé Pascal en lui accordant une fille coureuse, dépensière et sotte.
— Parce qu’elle était enceinte, parbleu !
Et il expliqua d’un air amusé :
— Et alors, comme il me fallait un gendre, je suis allé trouver le Pascal ; et il m’a tout de suite écouté. Tu vois, je te dis tout ce soir !