Peu à peu, l’orage parfumé du printemps pénétrait en Pascal ; et il se rendait compte qu’il avait réellement tué son ami. C’était un acte nécessaire dans une vie comme la sienne. Cet acte apportait à sa vie une saveur qui lui manquait et qui ressemblait au nouvel intérêt de l’existence de Maï. Il songerait jusqu’à sa mort à ce que venait de lui apprendre cette jeune femme. Quels mouvements du sang ! Quels élans ! Quels héroïsmes ! Grâce à sa fièvre, son cerveau avait la chaleur voulue pour accepter une idée nouvelle et pour en prendre la forme.
— Tu as tué ! hurla-t-elle.
— J’avoue ! fit-il en pleurant.
La jeune femme remonta les draps de Pascal, le borda, et, lentement, lui prit le cou des deux mains. Elle se mit bientôt à le serrer avec passion, le torse bandé. Il se laissait faire. Il allongeait ses bras contre son corps comme pour se donner une attitude correcte de cadavre. Sa figure s’enflait progressivement sous les efforts de sa garde-malade. Elle cherchait de l’index une artère à écraser. Elle râlait pour lui.
— Il ne fallait pas m’attendre ! cria-t-on de la porte.
Ambrosine arrivait brusquement, à l’aide de ses grandes jambes, de son long cou et de sa tête maigre qui battait l’air. Elle trouvait équitable la grande renommée de vertu et de beauté de la veuve de Virgile, mais c’était une femme bavarde en quête de toutes les nouvelles sensationnelles à colporter. Aussi, admettait-elle tout de suite les choses extraordinaires.
— Alors tu allais te mettre au lit, Maïténa ?
— Tais-toi, vieille folle, hurla Pascal.
— Je causais avec lui.
— Tu lui pétrissais la figure, charogne !