Dans l’affaire qu’elle avait avec Pascal aujourd’hui, Maïténa ne pouvait donc être soutenue ni par la population, ni par une réprobation personnelle sérieusement motivée.

Au surplus, dix ans après ledit meurtre, Pascal était un autre homme ; il pouvait ne pas être le successeur de lui-même. Pourquoi le châtier ?

Aussi, pour tout dire, la cause profonde de l’atroce aventure qui commença ce jour-là pour Pascal Jouanou, ce fut que Maïténa Otéguy se trouvait depuis dix ans sans distractions, sans passions, sans mari, en pleine campagne.

VII

Maïténa marchait vite. L’angélus de midi sonnait. Elle devait arriver chez elle la première, pour tremper la soupe de son monde.

Son premier voisin, Osmin Laloubère, qui attendait sur sa porte que ses bêtes eussent mâché leur ration pour les faire boire avant son propre repas, la salua d’un sourire réjoui et d’une bonne nouvelle.

— Le berger est arrivé !

Il la suivit, ensuite, des yeux jusqu’à sa barrière par où elle disparut. Lui aussi la désirait.

La cour de Maïténa était pleine de brebis, un beau troupeau, qui, tous les ans, à l’entrée de l’hiver, descendait des montagnes pour aller trouver sa nourriture dans le Vic-Bilh, nord du Béarn, ou bien dans la vallée de l’Adour. On y reçoit volontiers les bergers qui sont aimables, adroits et pleins de prévenances. Pendant les vendanges, ils aident leurs hôtes aux travaux de la cave, auxquels ceux-ci ne sont pas toujours très habiles. Plus tard, pendant les grands froids, ils tressent des vanneries, « les cougeoles », dont on a besoin pour apporter le foin aux bœufs et pour abriter les couvées ; ils préparent du « greuilh » ou du fromage d’Asson avec le lait des brebis et racontent à la veillée des histoires en un patois que les béarnais comprennent fort bien mais qu’ils aiment à railler. Quant aux brebis, elles paissent l’herbe des vignes et des jachères qu’elles dotent sans autre frais d’un fumier précieux.

Le berger de Maïténa, Jeanty, était particulièrement recherché. Tout jeune, de race musclée, assoupli et endurci par la chasse en montagne, il possédait une voix très douce et des talents féminins.