Quand Maïténa entra dans sa cuisine, elle le trouva ceint d’un tablier bleu et coupant du pain en tranches fines au-dessus de la soupière. La femme sourit.

— Alors, vous êtes là, Jeanty !

Il s’avança vers elle, respectueusement. Il tenait un petit béret au-dessus de sa tête ; et sa figure s’éclairait de plaisir. Il prenait cette attitude chaque fois qu’il arrivait dans une ferme. Ils ne se serrèrent pas la main. C’est un geste que les béarnaises ne savent pas faire.

— Je suis dans le pays depuis une heure ! Je me suis arrêté chez vous de préférence aux autres. Et je me mettais à tailler la soupe pour vous épargner la peine.

Elle ajouta un sourire à l’autre sourire. Il ressemblait à Virgile par quelques traits qu’elle seule pouvait discerner, et en particulier au fond de l’œil par une lueur d’un bleu idéal et qui imprègne le reste du corps.

Mais elle détourna très vite son regard comme on retourne un livre. Cette évocation lui inspirait des idées sévères.

Elle songeait :

« Je suis idiote de ne pas avoir profité de ce moment ! Est-ce qu’il reviendra ? Une petite serrée de plus et le travail était accompli. Qu’est-ce que ça me faisait, l’Ambrosine ? J’ai bien le droit, je pense ! Il a tué le mien ! Et pourquoi l’a-t-il tué ? L’atavisme n’a pas suffi. Ça ne serait pas sérieux ».

Mais tandis qu’elle pensait ainsi, elle disait :

— Mettez-vous tous à table pendant que je fais cuire la hampette ; et mangez la soupe. Les travaux doivent être faits à l’heure pour être bien faits. Pour manger, c’est à midi.