— Je vais bien ! Soyez tranquille.
Et elle lui laissa tourner le dos sans courir à lui et lui baiser religieusement les paupières.
Quand il fut loin, elle se donna, en un éclair, une explication de la recrudescence de son culte pour son mari :
— Avant la visite d’Ourtic, je serais partie !
Mais elle s’effraya d’avoir parlé tout haut. Elle se haussa sur la pointe des pieds pour voir si, derrière la haie, personne n’avait pu l’entendre. Elle redevenait tout à fait béarnaise. Elle trouvait même déjà un peu folle son exaltation à la lecture de la lettre, comme s’il eut été fou d’être basque.
Elle s’étonnait d’avoir médit à sa face du paysage qu’elle voyait. Il était bien plus beau que celui dont elle rêvait, il y a un instant. Ils ne possédaient, là-bas, ni les neiges éternelles devant leur cœur, ni ce petit coteau dressé comme un vase pour recevoir à son sommet le fameux cyprès de Virgile Prébosc.
« Que va-t-il penser de moi, ce pauvre Jeanty ? » se demanda-t-elle.
Elle rentra dans sa cuisine et prit sur le chambranle un vieil écritoire, de l’encre violette et une plume rouillée. Elle posa le tout sur la table épaisse, au bout qui ne servait point aux repas, et avec beaucoup d’application se mit à écrire :
« Ma chère sœur,
« Je m’empresse de répondre à ta lettre qui m’a beaucoup surprise et étonnée pour que celle-ci te parvienne avant ton départ. C’était donc ta destinée de ne jamais rester en place, de quitter d’abord les parages du père, puis ceux de la tante. Mais ce n’est pas ta faute, tu n’y peux rien ! Tu dois te garder ton mari.
« Et vous n’êtes pas à plaindre.
« Quant à moi, c’est ici que j’ai mes agréments. Il faut que je nourrisse le souvenir du pauvre Virgile. Alors, je ne reverrai plus le Pays Basque. Dis à la tante de prendre une orpheline de l’Assistance.
« Comme la tante ne vous donnera rien, et comme vous n’avez rien, je t’envoie un mandat. Vous aurez ainsi de quoi acheter un petit commerce. C’est tout ce que j’ai. Ce sont toutes mes économies.
« Espérons que l’année sera bonne !
« Je t’embrasse.
« Maïténa. »
Elle plia la lettre, et l’inséra dans une enveloppe qu’elle laissa ouverte pour y glisser le mandat quand elle serait au bureau de poste. Elle achevait ce travail et levait les yeux, lorsqu’elle aperçut, devant sa porte Ambrosine Jouanou, la tête mouvante et les bras repentants.