Ils se turent. Et il alla s’asseoir sous la cheminée en face d’elle.
Le silence est un état dans lequel se complaisent longuement les béarnais. S’il n’étend pas aussi bien que la parole l’influence de la personnalité, il ne la dilapide point ; il la concentre et la consolide. Et puis se taire n’est pas seulement rêver, c’est surtout l’art de ne pas penser.
Le silence était plus complexe qu’avant l’entrée d’Ourtic. Le rythme de la pendule, la respiration de l’enfant qui dormait derrière la cloison, attendaient quelque chose de la rencontre de ce vieillard lointain et méprisant, et de cette jeune femme plantureuse, gonflée d’avenir.
— Vous devriez venir plus souvent à la veillée, dit-elle enfin. On mangerait ensemble quelques châtaignes en buvant du picpoult.
— En somme, tu possèdes une belle situation tranquille, fit le visiteur sur la cadence énergique et lente de la conversation. Je sais bien que tu es vaillante et que tu ne manques pas d’ordre. Mais, tout de même, tu as de la chance ! Si ce n’avait été ton malheur…
Il affala brusquement son nez sur son menton ; et il saisit des deux mains la pomme d’un chenêt avec un grand air d’accablement.
— Il y a dix ans, aujourd’hui ! finit-il. C’est un anniversaire.
Elle secoua ses épaules avec humeur.
— Vous auriez mieux fait de rester chez vous, Ourtic, que de venir me raconter ça !
Cependant, elle ne voyait plus le vieillard qui relevait sa tête ironique en la branlant doucement.