En ce moment-ci, Maïténa n’avait ni porté d’enfant, ni connu d’homme.

La nuit dernière se matérialisait, se solidifiait dans son souvenir. Sa douleur devenait une lourde fatigue physique qui favorisait son calme.

Découragé, le vieillard voyait clairement l’esprit de la jeune femme quitter le Béarn.

Il lui tourna le dos comme si elle n’existait plus. Il se sentait diminué. Il s’en alla, rapetissé, plié en deux, jusqu’à la porte ouverte ; et il s’arrêta au seuil, appuyé sur sa canne. Il regarda la terre de sa cour inculte, embroussaillée, abandonnée, stérile, comme un mâle sans femelle.

— Il vaut mieux qu’elle s’en aille, dit-il tout haut, mais pour soi. Ici, elle a cette idée de son mari ! Elle ne peut rien lui faire à lui, et qu’est-ce qu’elle peut lui faire à l’autre ? Une femme qui ne peut plus rien faire, elle s’en va ailleurs !

Un jeune homme aurait pleuré. Il ne pouvait pas. Il aurait voulu tressaillir. Il tressaillit, car Maïténa lui posait brutalement sa main sur l’épaule.

— Eh ! je reste !

La figure de la veuve venait de se métamorphoser. Elle avait la fièvre. Ses lèvres étaient crispées. Ourtic respira, satisfait d’avoir parlé pour soi. Il lui prit les mains et les serra dans ses mains dépouillées de chair.

— Je t’estimais.

— Nous n’avons pas tout dit, reprenait-elle, après un long silence. Vous prétendez que tout sera à moi quand vous mourrez. Vous avez deux filles : Ambrosine ; et une autre, qui a mal tourné, à Paris. Elles ont des droits. Si vous voulez que je reste, il me faut une vente. Il n’y aura que nous deux à savoir que je ne vous paierai pas. Je veux être maîtresse là où je suis.