Ourtic était très intelligent. Mais il ne comprenait pas pourquoi cette présence devenait si fugitive. Elle refusait de rester. Elle avait les yeux battus. Elle avait perdu sa maison, la veille. Elle était très malheureuse. Il lui offrait un domicile. Il ne comprenait pas qu’elle résistât.

— D’ici étant, par la fenêtre, tu peux voir que tu n’as plus de maison. Dans le temps, elle me cachait la côte du bourg. J’aurais cru que les murs tiendraient. Ils ont tellement bouilli qu’ils se sont écroulés. A mon âge, je n’avais encore rien vu de pareil. Regarde, ça brûle encore. On croirait que les pierres en veulent elles aussi. Et alors, que veux-tu faire ? Où mets-tu les récoltes, le bétail, et ton lit ? Si tu veux vendre, tu ne vendras pas.

— Je vous dis que j’ai de quoi vivre chez les basques.

Le vieillard se mit à hurler de cette voix aiguë qui lui valait, quand il était encore un homme solide, de réussir sur les champs de foire. Il avait été un peu maquignon comme tous les paysans. Il hurlait désespérément :

— Reste donc ici, je te dis. Tu y es bien ! Tu y engrangeras tes récoltes. Tu y feras tout ce que fait une femme. Et tu garderas mes biens quand je serai mort !

Elle fit un grand geste qui étouffa la voix aigre et l’envoya tenir compagnie aux cendres du four et aux araignées du plafond.

— Merci.

Il n’arrivait pas à discerner, d’après ses traits, la cause de son obstination.

Une franchise idéale s’étendait toujours sur le visage de Maïténa. Elle avait le regard absolument pur qu’on trouve souvent chez les jeunes anglaises lorsqu’elles sont vierges. Aucune ride ne troublait jamais l’harmonie de son rire. Aucune arrière-pensée ne changeait la direction de ses yeux et n’aidait à supporter leur curiosité toute nette.

Cet aspect virginal était encore plus singulier, ce matin, dans la cuisine, en face du vieillard. — Des yeux froids, des lèvres très minces et très pâles, un sourire comme détaché du corps, c’était ainsi qu’elle voyait Ourtic. — Rien d’équivoque ne flottait entre eux. Elle en profitait pour laisser sa vraie personnalité, celle qu’elle ne devait qu’à la nature, l’envelopper.