Et elle fut seule.
Elle s’assit sur le talus du chemin, en face de la chose. Ses centres nerveux s’apaisèrent à la fraîcheur de l’herbe. Elle manquait douloureusement de désespoir, comme on manque d’argent.
Comme des décors portatifs, les bâtiments collaient leurs reliefs multicolores au ciel noir. Leurs reflets imitaient les phares à éclipses ; et, très loin, ils faisaient découvrir, tout à coup, une merveille toute proche.
Elle trouvait tout naturel que la révélation qui lui avait été apportée, soixante jours plus tôt, fût accompagnée d’une semblable manifestation des éléments. Cette révélation n’eût pas été complète sans tout cet appareil.
Et Ourtic lui-même ne devait pas l’avoir achevée, car il sortit de l’ombre et vint s’illuminer auprès de la fermière.
— Viens te chauffer chez moi.
XI
Après le déjeuner du matin, Ourtic, tassé sur sa chaise, déplaçait alternativement son béret à droite et à gauche de sa tête, signe de grande inquiétude.
Ses yeux mouvaient parallèlement au béret. Ils passaient du corps de Maïténa, frais, sain, bien nettoyé, aux parois de sa cuisine poussiéreuse et crasseuse, domaine prospère des araignées. Le four était gorgé de cendres. Les sacs à jambons pendaient comme des suppliciés. Le sel les raidissait. La fumée les avait rendus poisseux. Ils répandaient une senteur âcre. Ils étaient vides.
Tout était vide. Peu à peu, cependant, Maïténa remplissait la pièce ; sa tête touchait au plafond ; ses bras s’allongeaient. Elle meublait la cuisine ; et, derrière elle, on devinait des victuailles. Mais le béret du vieillard changeait de côté ; et elle disparaissait. C’était le désert, une table sans convive, une chambre sans amour.