Cet incendie lui appartenait. Il était à elle, rien qu’à elle ! Elle s’étonnait presque qu’il ne criât point comme une vierge qu’on viole.

Elle reçut une étincelle sur la main dont la brûlure lui fut douce et qu’elle considéra comme un appel. Elle pénétra brusquement dans sa cuisine, moins par courage que pour fuir ces gens abominables. On ne s’occupait que de sa maison. On ne l’empêcha pas d’entrer.

La cuisine n’était pas encore transformée. Les meubles ne prenaient pas feu. Le plafond était en planches de châtaigniers, un des bois les moins combustibles.

Maï était entrée de plain-pied dans son cœur. Avec lui, elle put se concerter, rassembler des pensées qui s’égaillaient, parler pour ne rien dire, être femme, enfant, vieillard et religieuse. Paroles trop divines pour être divulguées. Et, quand elle dut sortir, elle avait la sensation que c’était sa propre chaleur qui brûlait sa cuisine.

Elle emportait un béret, un paquet de tabac entamé et un bouquet de fleurs d’orangers.

Sa grande préoccupation, lorsqu’elle fut dehors, fut de savoir où elle allait les abriter, car les reliques n’ont pas de valeur lorsqu’elles n’ont pas de toit. Peu à peu, elle s’apercevait qu’elle avait le même défaut que les reliques. Elle finit par mettre celles-ci dans son corsage ; et elle regretta de ne pouvoir s’y glisser soi tout entière pour ne pas assister au dernier supplice de la maison.

Il n’y avait plus rien à faire. Il n’y avait plus que des spectateurs. Elle se trouva parmi eux.

Les dépendances mises à point par l’habitation brûlaient prestement comme un copeau. Les tonneaux avaient éclaté. C’étaient des tonneaux pleins. Et le vin coulait bouillant sous la porte de la cave. Il répandait dans l’air un fort goût de caramel.

La nuit descendait. Elle entra en collision avec le foyer lumineux de la ferme. Sous son poids les flammes s’aplatirent et commencèrent à lécher le sol. Elles avaient encore de grands enthousiasmes. Et, quoiqu’il n’y eût pas de brise, elles se balancèrent noblement dans tous les sens, comme un encensoir. Le feu consacrait tout : les contrevents, les poutres, le pailler de la cour. Il oignait et il épurait.

Découragés, les gens commencèrent à partir. Le fils de Maïténa suivit chez elle la bonne femme qui s’en était chargé. On n’osa pas offrir à la veuve l’hospitalité, par modestie. On supposait que ce serait le dernier. Le dernier était un jeune homme qui l’aimait. Il n’aurait pas été délicat qu’il lui parlât de lui, ce soir. Il partit aussi.