Elle ne répondit point. En face de l’assemblée, sa maison accaparait son entendement. Toutes les particules de son être étaient tendues passionnément vers le spectacle comme un auteur regarde sa propre pièce de théâtre, la pièce de théâtre de sa vie.
La ferme était éclairée d’une manière si rare et si magnifique qu’elle en devenait immense. Elle faisait participer sa maîtresse du feu, de la terre, de l’air et de l’eau. Elle essayait de violer au nom de Maïténa le ciel, publiquement.
Les hommes s’étaient accrochés au mur. Ils avaient raflé pour ça les échelles du voisinage. Du mouvement qu’ils avaient appris en semant leur champ, ils jetaient les seaux d’eau qu’on leur passait de tous leurs reins. Il se dégageait d’eux et de la maison une grosse chaleur. La plupart était torse nu, et s’inondait de temps en temps du contenu des seaux.
L’esprit de Maïténa s’en allait tout entier par son toit. Les dépendances, la cave, l’étable, la grange où l’on mettait le char, assistaient modestement à cette agonie en attendant leur tour. Le corps de Maïténa attendait son tour.
On vint lui dire :
— Il faudrait faire la part du feu. En sacrifiant la maison, on sauverait la borde. Commandez, et nous nous mettons à l’isoler !
Elle répondit :
— Je ne tiens qu’à la maison. La borde, je m’en moque. C’est la maison que je veux sauver.
Elle resta inébranlable. On l’écouta désespérément.
La belle saison commençait à amener des touristes sur les routes qui vont à la montagne. Elle aperçut, — on ne sait par quel miracle elle put voir ailleurs qu’en face d’elle, — des automobilistes s’arrêter non loin de sa ferme et la regarder longuement avec admiration. Cette curiosité malsaine lui creva le cœur.