Aussi, aujourd’hui, après avoir vaincu une faiblesse presque incroyable et jeté l’allumette libératrice, Pascal se trouvait-il heureux.
Que son ennemie pût être encore menaçante, il ne le soupçonnait pas une seconde. Et l’on aurait pu se demander s’il n’avait pas craint la vengeance de la maison plus que celle de la femme, supposition admissible. Mais, quoiqu’il l’eût aperçue quelquefois depuis l’incendie, quoiqu’il la sût encore ici, il était persuadé que la jeune femme était au Pays Basque.
Il était assez sensible pour être capable de cette sorte de phénomène d’optique. Il avait fait pour qu’elle se rendît chez les basques tous les gestes qu’il fallait. Lorsqu’il jetait l’allumette sur la meule de paille, il lançait du même coup Maïténa dans son pays natal. Et il avait, déjà, pris à son compte l’angoisse qui précède les grands départs.
L’esprit de Pascal était paisible. Seule sa chair conservait le souvenir de l’incendie quoiqu’elle n’en eût pas subi la chaleur.
Et, cet après-midi, il prenait un bain dans l’eau glacée du gave pour faire disparaître ses brûlures invisibles.
Loin de toute habitation, séparé de la route par une épaisse haie de châtaigniers et de saules, il plongeait dans l’eau jusqu’au cou. Et il chantait, d’abord doucement pour accompagner le murmure de la rivière, puis plus fort pour accompagner sa joie, une cantilène :
Roussignoulet qui cànto
Sus la branco paüssàt,
Qu’éts plats et qué t’éncànto
Aüprès de ta mieytàt.