Elle ne désirait, en effet, que son mari. Après sa mort, elle ne s’en était jamais aussi bien rendu compte que depuis que Pascal était son assassin. Là-bas, sur sa dalle de marbre, le corps de Virgile Prébosc se levait. Elle le voyait à travers le corps de son ennemi. La vie furieuse de Pascal se dédoublait ; elle était assez forte pour animer deux hommes.

« Mon Dieu, c’est pour ça que je ne l’ai pas encore tué ! »

Elle avait de la pitié pour son corps si faible et si exigeant. Elle n’ignorait point la puissance des sens, mais elle n’y pensait jamais que comme à une chose attendrissante. Elle n’était pas de ces paysannes idiotes qui rient bêtement lorsqu’on leur parle de l’amour. Il formait pour elle une loi très simple et d’ordre puéril. Et elle s’étonnait de ce que sa chair fût si jeune.

A présent, toute la violence de Pascal ne rendait plus à son oreille que des sons atténués !

— Et d’abord vous me devez une hache, gueulait-il.

— La hache avec laquelle tu as tué le Virgile, s’indigna le vieux, car il n’aimait pas que les gens méprisassent les éléments de sa supériorité.

— Voleur ! Vous n’en savez rien ! Il y a aussi des juges pour la diffamation.

Si elle n’avait pas connu le meurtre de son mari par son témoin et son auteur lui-même, elle l’aurait appris par sa peau. Cette peau se substituait maintenant à son âme pour tout son travail d’observation et d’intuition.

Elle ne sortit de son état voluptueux que lorsqu’elle put se représenter la scène du gave de la semaine précédente.

Elle ignorait par quelle mystification de ses sens elle n’avait pas désiré alors le jeune homme, quoiqu’il fût tout nu et que son corps dût être par conséquent plus perceptible au sien.