— Je vous étranglerai !

Ourtic ne bougeait plus. Lorsque son gendre lui cracha au visage, il sourit.

Le drame ne se passait pas entre ces deux hommes. Celle qui était bouleversée c’était celle qui ne parlait pas et qui pouvait, après tout, se désintéresser du débat. Elle ne risquait rien : l’acte était en règle.

Maïténa s’attachait, depuis un instant, aux yeux ardents de Pascal d’où sortaient des jets de clarté comme le blé sort de la main. La colère des hommes est un aphrodisiaque pour certaines femmes. Et, Maïténa, dont l’esprit était si chaste, s’apercevait, tout à coup, avec angoisse, que sa peau appartenait au meurtrier de son mari.

Il fallait une émotion bien vive, un désir bien brutal, pour que son âme dépouillée de sensualité perçût à présent cette possession, car sa chair s’était tendue d’autres fois vers Pascal sans qu’elle le comprît.

Le soir de la rencontre du cimetière, n’était-ce pas pour cela qu’elle le fuit ?

Son esprit semblait sortir d’elle et l’examiner de loin. Son enveloppe, quelle chose extraordinaire ! Pourquoi ces frémissements lorsque tout le reste demeurait si tranquille ? Elle passait alternativement de la stupeur à un impérieux besoin de rire qui arrivait chaque fois à point pour l’empêcher de s’évanouir.

Elle voulait se reculer. Elle craignait que ses sentiments ne s’imprimassent sur sa figure et que sa contenance ne fût pas digne de Maïténa Otéguy. Mais elle ne put pas. Et elle vit ainsi que son corps ne lui obéissait plus.

« Comment, mon Dieu, puis-je le désirer ? »

La passion de tuer ne s’apparentait pas chez elle à l’envie de faire l’amour. Elle avait le sang trop pur pour ressortir à cette perversion. Et, d’ailleurs, si son émotion eût été si compliquée, elle ne l’eût pas expliquée aussi facilement.