Le vieillard rendait hommage à la vérité comme un prêtre rend hommage à Dieu. Aussi ne fit-il plus peur à Pascal. Celui-ci n’avait rien à ménager, et la présence de Maïténa, qui se rapprochait pour les écouter, l’exaspérait.
— Vendue ! Montrez les sous ! Si vous l’avez donnée, il y a des juges.
Le dernier mot alla frapper Ourtic à la face.
— Il y a des juges ! Il y a des juges ! répéta-t-il hors de lui. Tu sais ce que tu dis ?
— La loi exige que tout revienne à vos filles. Hoou ! vieux ! Je suis ici chez moi dans cette prairie. Si je le voulais, je viendrais charger le foin que vous avez coupé.
— Et, d’abord, tu vas partir !
Le jeune homme désigna Maïténa du menton avec l’enthousiasme du sacrilège.
— Tout ça c’est parce que vous couchez avec elle ! Vous avez toujours été le même. Vous n’avez pas de conscience, vieux fainéant !
— Va-t’en.
Pascal avait l’imagination surexcitée, mais ce qu’il disait n’avait pas grande importance. Les assistants mesuraient la querelle à l’amplitude des gestes, au bruit des paroles. Il lançait sa figure sur le vieux comme il lui aurait lancé une tomate. A travers ses yeux grands ouverts, on voyait son sang brûler comme du soufre.