— Qu’est-ce qui t’amène ? demanda le vieillard sur un ton désobligeant.

Sa figure s’était affreusement plissée. Ses rides avaient l’habitude de rendre les nuances les plus subtiles des sentiments. Elles s’assemblaient, se contournaient, se chevauchaient, se fondaient et composaient immédiatement un tableau définitif avec des détails exquis, des couleurs et de la profondeur. Le corps qui les supportait se réduisait, se condensait, devenait immobile comme le chevalet d’un peintre. Les pupilles usées paraissaient fraîchement réparées. Une goutte de vernis roulait au coin de l’œil.

Pascal, intimidé, lui parla sans art :

— Il y a des bruits qui courent. L’Ambrosine m’a dit de venir voir !

— Qu’elle ne jouisse pas trop vite. Je suis encore en vie.

— On pourrait peut-être venir vous aider. Vous êtes âgé, c’est à nous à revenir. En somme, nous n’étions pas fâchés.

— Je suis bon et je vous ai pardonné. Mais je suis vieux ; j’ai mes petites fantaisies, jeune homme, et je ne veux plus vous voir !

Pascal se recula de deux pas, mais abandonna sa question pantelante entre lui et Ourtic :

— Ne dit-on pas que vous avez tout vendu ?

— La vérité est une chose bien agréable. C’est vrai.