— Il faut que tu ailles voir, indiqua Pascal à sa femme.
— Moi ?
Elle redoutait son père au delà de toute expression. Elle ne voyait même plus Maïténa parce qu’elle vivait chez lui. Et, pourtant, sa curiosité était bien forte. Le malheur que venait de subir la basquaise était l’objet de tant de causeries !
Ce n’est qu’à la campagne que l’homme fait aussi peur à l’homme. Ne serait-ce pas cette crainte qui empêche les derniers paysans d’aller habiter les villes ?
— Eh bien ! c’est moi qui y vais, déclara Pascal.
Pour ne plus réfléchir, il posa ses outils contre le mur et partit à grandes enjambées.
Il trouva son beau-père dans une de ses prairies située près d’un petit affluent du gave. Le foin était abattu depuis la veille. On secouait les andains pour la première fois.
Ourtic fanait lui-même. Il avait remarquablement rajeuni. Sa fourche semblait quelque accessoire diabolique. Elle remuait des paillettes de feu et communiquait leur force motrice à ses membres raides comme des bielles. A quelques pas de lui, Maïténa et deux ouvriers travaillaient d’une façon plus souple et plus humaine.
Le foin séchait aussi bien par l’action de leurs yeux que par celle du soleil. Pascal arriva près du groupe sans être vu. Le vieillard l’aperçut le premier. Il fit taire l’homme qui, avant de faucher les bordures, martelait sa faulx. Tout le monde s’arrêta. On profane le travail, lorsqu’on le mélange avec les paroles.
Pascal avait employé toute son énergie pour marcher.