Sa voix avait une grande douceur. Maïténa craignit qu’il ne cherchât par des chemins tortueux à reconquérir son autorité.

— Les vieux sont bavards comme les femmes. Vous ne manquez pas de voisines moins occupées que moi. Allez leur dire vos fantaisies !

Il s’assit tranquillement près de la table.

Il avait une idée. Il voulait l’émettre. Et il était trop vieux pour attendre.

— Elles ont leurs amants. Je ne suis plus jeune. On ne m’aime que lorsque je raconte des histoires ! On ne te racontait pas d’histoires tout à l’heure !

Elle fit un mouvement trop vif. Elle ne pouvait supporter à présent le ton d’Ourtic, fluide, acide et artificiel. Elle avait besoin d’un style sévère, concentré. Des pleurs même n’auraient pas été malséants.

Elle croisa ses bras sous ses gros seins.

— Alors, il y a un instant je voulais empoisonner ! Et maintenant !

— Empoisonner ! Moi, qui te veux tant de bien ! Mais non ! Un jeune homme et une jeune femme qui se plaisent ! Le pauvre Ourtic ! Je veux que tu fasses à ton goût pour que je sois tranquille !

Elle était froissée. Fallait-il toujours que ce vieux dît tout haut les choses mystérieuses !