Ces dernières paroles allèrent en s’éloignant. Des pas d’homme aussi. Mais Maïténa ne s’endormit pas plus que les autres nuits.
Plusieurs fois, elle entendit des foulées inégales et compliquées dans la campagne, un couple, une chute, c’était son cœur.
Quand ce fut réellement un couple, ça ne l’étonna pas. Il était la suite naturelle de ses battements de cœur.
Maïténa s’assit sur ses draps brûlants, serra sa gorge pour être moins seule, mais sa gorge ne lui cédait pas. Elle s’attendait à ce qu’on frappât de nouveau à ses contrevents. Il n’en fut rien. Elle perçut simplement des paroles confuses, un rire. Paroles et rire s’arrêtaient près de son mur. Des feuillages que l’on coupe. Deux corps qui tombent. Dans la nuit, elle sourit.
Pour se distraire et se rafraîchir, grâce au couple, sous sa sauvegarde, silencieusement, elle entre-bâilla ses fenêtres.
Toute la terre réverbérait la clarté de la lune, et renvoyait au ciel une foule d’étincelles qui étaient des étoiles. Cette clarté n’écrasait pas les choses comme celle du soleil ; elle en était l’esclave ; elle n’existait nullement par elle-même.
Les êtres que Maïténa vit étendus à trois mètres d’elle ne lui firent pas l’impression d’avoir une durée brillante et très courte, comme tout ce qu’on aperçoit à la lumière du jour, mais d’être rares et éternels. Sur deux larges cuisses bleutées le clair de lune se concentrait. Ces cuisses étaient plus importantes que les lourdes collines qui s’ouvraient comme elles à droite et à gauche du gave.
Maï s’intéressait au spectacle émouvant de cette chair plus que nue, puisque illuminée, aurait-on dit, par ses propres moyens, et qui évoquait sa chair à elle, sa chair toujours cachée. Puis elle se représenta, enfin, que ce qu’elle regardait était en amour et que la clarté pouvait bien être créée par l’amour. Cette idée détermina un mouvement de ses bras. Elle ouvrit complètement les volets.
Elle n’aperçut pas d’abord Pascal qui faisait partie de la forme contemplée, qui s’en détachait, et qui courait vers elle. Elle n’entendit pas la voix d’une jeune fille surprise qui l’insultait. Elle ne reprit conscience que lorsque les cuisses nues furent recouvertes. La jeune fille se redressait très vite, un peu honteuse, un peu indignée. Et Maïténa ferma brutalement sa fenêtre, malgré la senteur acide et sauvage de la chair et des champs.
Il l’appelait maintenant, et tapait de nouveau aux fenêtres. Il continua jusqu’au jour, sans empêcher Maïténa de dormir comme elle ne l’avait fait depuis longtemps. Mais toutes les nuits se ressemblent-elles ?