— Oh ! Tu caches ton jeu !

— Mais non ! Ne croyez pas ! Une bonne amie c’est bon pour ceux qui ne savent pas, qui n’ont pas le temps de réfléchir au danger que c’est de prendre une femme à changer. Je choisirai bien la mienne. Une seule, quand on s’aime bien c’est beaucoup, allez !

Le vieux était vexé d’avoir raté son effet. Il se rattrapa comme il put.

— Une seule femme ! Il ne pense qu’à lui ! Mais ça la fatigue ! J’en ai connu un autre qui n’en voulait qu’une. Elle s’en souvient encore.

L’allusion à Virgile était claire. La vie de Maïténa se ralentit, comme une voiture ou un roman se ralentit pour prendre un virage. Elle regarda de l’autre côté pour tourner. Elle retourna la figure de Virgile. Elle regarda Jeanty. Et elle reconnut Virgile.

La ressemblance du mort et de ce garçon très vivant elle l’avait déjà reconnue, au début de l’année. Et puis cette ressemblance s’était préparée. Elle s’était endormie. Et elle éclatait comme un éblouissement.

La jeune femme en oublia de reprocher à Ourtic son manque de respect envers Virgile, et de s’étonner de ce qu’une ressemblance aussi magnifique n’eût pas frappé tout le monde.

L’automne arrivait. La sensibilité de Maïténa, en même temps que son désir, se mettait au chaud, devenait plus profonde. Dans les visages, elle ne regardait jamais que les yeux ; et elle finissait par y voir la forme des âmes. On voit ainsi, du fond d’une mine, les étoiles en plein jour. A la vérité, dans Virgile et Jeanty seules les âmes étaient semblables, mais elles étaient semblables entièrement.

Dès cet instant, la jeune femme fut surveillée par son mari, représenté par les yeux du berger. Il venait évidemment contrôler son souvenir.

Elle ne craignait pas que son regard la trahît. Il ne pouvait être que l’image d’une admirable fidélité. Mais son corps était sans cesse en état d’adultère virtuel.