— Tu es la plus méchante femme. Un étranger ! Il est honteux de soutenir un étranger contre un enfant du pays ! Je ne te considère plus !
Maïténa éclata de rire. Pascal se souvint de la rencontre du champ de blé. Il sortit de ses gonds.
— Quand on excite les hommes comme toi, on se cache, garce !
Ourtic s’interposa. Un jour, dans une prairie, Maïténa l’avait débarrassé de Pascal. Il allait avoir sa revanche. Il le prit de haut.
— Je connais ça, jeune homme ! Tu diras la suite quand tu auras cuvé ton vin.
Pascal se tut, interloqué. Il ne buvait jamais. S’étonner était une faiblesse. Maï en profita tout de suite. Elle entra dans cet étonnement et le dilata. Elle prenait vivement Jeanty dans ses bras et le baisait sur les joues, deux fois, quatre fois, sur les yeux, sur les lèvres.
Pascal se désespérait. Jeanty se laissait faire. Omer était dans la joie la plus pure, car il ne jalousait que son frère aîné. Il n’aimait d’ailleurs que les femmes choisies par celui-ci. — Il avait, à son époque, fréquenté Ambrosine. — Quant à Ourtic, il était furieux. Il détestait l’imprévu. Et cette soirée en était pleine. Il gueulait. Il trébuchait. Il remplissait la grange de vacarme. Lorsque tout le monde fut bien abasourdi, il changea de ton ; et il n’eut plus qu’à dire : — « Allez-vous-en ! allez-vous-en ! mes petits ! » — pour que tout le monde s’en allât.
Puis, comme on le saluait, il ajouta :
— Nous vous aiderons la même chose à notre tour !
Maïténa et Jeanty allèrent se coucher chacun de son côté. Ourtic resta dans la cuisine l’instant nécessaire pour se confier ses impressions.