— Ces disputes c’est parce que le vin bout. Les hommes et les femmes sont comme les raisins. Quand le jus fermente, on doit ouvrir la porte de la cuve. Autrement, le tonneau éclate.
Maintenant, Maïténa se trouvait seule. Elle regardait avec admiration le lit qui contenait, toutes les nuits, une substance devant quoi elle-même ne pouvait rien. N’était-il pas prodigieux qu’elle eût réussi à la dominer jusqu’à présent !
Au moment d’arriver au bout de sa résistance, elle cherchait désespérément une compensation à accorder à son esprit. Celui-ci n’avait jamais été davantage à son mari. Il le lui prouvait depuis qu’elle matérialisait son souvenir dans les yeux d’un vivant.
Pour que leur logement commun, l’être humain, conserve son équilibre, il faut que l’importance de l’esprit et celle de la chair se balancent. En Maïténa, la chair l’emportait. Tandis qu’elle cherchait à l’aveugle une ressource nouvelle, l’imagination vint chez elle au secours de l’esprit.
Elle trouva. Son âme au service du mort ne pouvait faillir.
Alors, elle se déshabilla joyeusement. Pour la première fois depuis longtemps elle communiait avec soi. Les forces qui l’attiraient étaient entrées en elle ; elle ne leur résistait plus. Et, lorsqu’elle put caresser sa gorge, elle trouva sous sa main que son cœur frémissait de plaisir.
« Il va être content ! »
Elle se représentait les yeux de celui qu’elle n’oubliait pas s’entr’ouvrant lentement pour l’appeler.
« C’est toi qui me l’envoies ! Merci. »
Elle ouvrit sa chambre sans bruit. Elle traversa la cuisine. Le réduit où dormait Jeanty était là, la porte entre-bâillée par négligence. Maïténa poussa celle-ci, pénétra. Elle reflétait encore le sourire de Virgile évoqué tout à l’heure.