Le berger se réveilla en sursaut, et crut qu’il rêvait toujours. Il ne reconnut pas tout de suite cette femme debout en face de lui, car elle était nue, et l’on ne pouvait deviner en la voyant habillée la réalité miraculeuse du corps de Maïténa.

Le bougeoir qu’elle tenait à la main éclairait son ventre. Le ventre, quintessence de rêve. Ce ventre était aussi uni, aussi parfaitement modelé que s’il n’eut jamais connu la maternité, ni même l’étreinte d’un homme. Harmonieuse et palpitante, en peau blanche, des cheveux bruns qu’on ne lui connaissait pas jetés sur les épaules, elle avait l’aspect très simple d’une jeune fille.

Jeanty qui n’avait jamais été admis à l’intimité d’une femme s’ébahissait que tant de mystères charmants se présentassent à lui dans cette simplicité.

Il poussa une exclamation de surprise qui détermina Maï à éclater de rire. Alors, il la reconnut à ses dents laiteuses et à la longue main qu’elle posait devant le triangle blond de son ventre. Il s’émut davantage. Il aurait été moins étonné que ce fût vraiment une jeune fille. Ne savait-on pas au loin la vertu de Maïténa Otéguy ?

— C’est pour toi, dit-elle. Fais comme si tu étais mon mari.

Il se leva. Elle s’étendit à sa place toute chaude sur le lit. Attente. Le berger, debout, s’habituait à la lumière de ce corps. Les mains et la tête brunies par le grand air restaient dans l’obscurité. Maïténa localisait ses facultés dans sa chair dont les mouvements se substituaient à ceux de son esprit.

Ce soir, elle rendait hommage à Virgile. Demain seulement, elle en ressentirait l’effet surnaturel.

Jeanty revenait peu à peu de sa surprise. Lourd de bonheur, il tombait à genoux devant les seins de la jeune femme. Ceux-ci étaient gonflés de tous les plaisirs et de tous les enthousiasmes. Jamais le garçon parmi ses agneaux, son lait, ses cascades, n’avait imaginé de seins aussi immaculés. Quoique ces seins fussent à la portée de sa main, il les crut d’abord inaccessibles comme les grands sommets. Il s’étonnait qu’ils ne crevassent pas de nuages.

— Que vous êtes belle !

En voyant ce respect, elle, qui songeait au roman de sa vie, comprit alors que son corps de femme était le centre de ce roman. Autour de cette substance soumise aux lois de la vie, évoluaient son souvenir, sa volonté, ses devoirs et le désir de ses voisins. Elle s’en rendait compte avec stupeur.