LE PÈRE.
Fleur de mai ! que la gaieté de ce mois, qui te ressemble, se répande dans ton âme : que les plaisirs purs, que les vertus accompagnent tes projets, tes espérances ; qu’elles embellissent toutes les perspectives de ta vie, comme les fleurs émaillent ces gazons et ces vergers ! Sois en tant semblable à ta mère !
LA MÈRE.
Que la bénédiction de ton père s’accomplisse sur toi et ton frère tous les jours de votre vie ; et quand tous deux vous éprouverez quelques peines, que le doux travail, la religion et l’amitié de vos parents viennent les charmer ! Puissions-nous faire un jour ton bonheur, comme tu fais dès à présent le nôtre ! Mais où est donc Henri ?
(Antoinette émue s’essuie les yeux : elle baise la main de son père et celle de sa mère en les appuyant contre son cœur. Ceux-ci l’embrassent, et pendant cette scène muette,)
MONDOR, toujours caché.
Baiser les mains de son père et de sa mère, leur demander leur bénédiction… Il faut que ces gens-ci soient des Allemands ; voilà une cérémonie qui n’est plus d’usage chez nous, il y a longtemps. Ni ma femme ni ma fille ne voudraient en entendre parler ; cependant elle est attendrissante… elle me fait pleurer, je crois… effectivement… effectivement. Il faut en convenir, dans une maison où il y a de la religion, un père de famille vit comme un dieu.
LE PÈRE, à sa femme.
Où voulez-vous aujourd’hui qu’Antoinette nous serve le déjeuner ?
LA MÈRE.