Maman, vous aurez quelque bonne nouvelle, car j’ai vu, hier soir, une étincelle bien brillante dans la lampe. Mon papa, vous vous moquerez de moi.

LE PÈRE.

Non, ma chère fille ! les rois lisent quelquefois leur destinée dans des comètes, et les bergères dans leurs lampes, également bien. Toute la nature est aux ordres de la Providence : ne soyons point inquiets ; faisons ensemble notre prière accoutumée.

(Ils s’agenouillent sur l’herbe, à l’ombre d’un des saules de la barrière, et ils prient en silence.)

MONDOR, caché.

Voilà comment sont faites toutes les femmes. La mienne, qui ne croit pas en Dieu, croit à toutes ces sottises-là. Mais… si j’allais être, moi, le hibou de la haie ! si on allait m’assommer ici ! Il arrive quelquefois des choses plus étranges… Oh ! non, il n’y a rien à craindre. En vérité, ces bonnes gens sont plus contents que je ne le croyais. On est bien heureux d’avoir de la religion ! ils sont inquiets, ils prient, et les voilà tranquilles. Il n’y a rien à faire ici pour moi : je ne veux pas chercher à leur nuire. Je pourrais bien me retirer, mais je veux trouver l’occasion de faire leur connaissance ; d’ailleurs je suis curieux de savoir ce qu’est devenu leur fils : un enfant élevé là, tout seul, et courant la nuit ! L’homme est naturellement porté au mal.

LE PÈRE, achevant sa prière tout haut.

O mon Dieu ! donnez-nous aujourd’hui la volonté et le pouvoir de faire du bien ; que vos bienfaits nous servent d’exemple ! vous avez ouvert la main, et vos bénédictions se sont répandues sur la terre, sur les animaux, sur les plantes et sur vos moindres créatures. N’oubliez pas l’homme, qui est la plus noble et la plus malheureuse portion de votre ouvrage ; répandez-les sur le roi mon bienfaiteur, sur ma patrie dont il est le père, sur tout ce qui vous invoque dans l’univers, sur cette portion ignorée de ma famille, sur mes chers enfants, et sur ma digne épouse, qui est la compagne et la consolation de ma vie. (Ils se lèvent tous, et il embrasse sa femme.)

ANTOINETTE, venant se remettre à genoux devant son père et sa mère.

Chers parents ! donnez-moi dans ce jour votre bénédiction accoutumée.