ANTOINETTE.
Je les aurais garnis avec des brins de jonc.
HENRI.
Eh bien ! je n’ai jamais pu le prendre. J’ai eu vingt fois la main dessus ; il semblait se moquer de moi. Je l’ai trouvé sur les pierres de la carrière. Tantôt il sautait de l’une à l’autre, tantôt il passait dessous par des fentes où je n’aurais pas glissé mon doigt.
ANTOINETTE.
Oh ! il en vient souvent ici ; ils aiment notre maison, ils lui portent bonheur.
MONDOR se rapproche avec toutes les marques de l’indignation et de la surprise.
Soyez touchés de mes malheurs, sensibles et compatissants voisins. J’avais une femme et une fille, et je n’en ai plus ; elles sont parties cette nuit, après m’avoir volé. Oh ! je suis bien puni par où j’ai péché. Écoutez, je vous prie, ce que m’écrit ma digne épouse :
« Monsieur,
» J’ai été fidèle aux lois de l’hymen tant que nous avons été liés par des intérêts communs. Aujourd’hui vous êtes vieux, et je suis encore jeune ; vous devenez dur, et je suis sensible : nous ne nous convenons plus. Rompons des nœuds que désavoue la nature ; j’agis conséquemment à ses principes, et aux vôtres. Il n’y a d’autre Dieu dans l’univers que le plaisir. Le plaisir est la souveraine loi de tous les êtres sensibles. Comme il ne peut plus désormais se rencontrer dans notre union, je vais le chercher dans d’autres climats. Je me paye de ma dot par mes diamants et par les vôtres, et de celle de ma fille, qui m’accompagne, par les cent mille écus en or que vous réserviez à de nouvelles acquisitions. Quant à l’opinion publique, si elle me blâme, je ne m’en soucie guère. Je ne manquerai pas de prôneurs, tant que je ne manquerai pas d’argent. Ne soyez pas inquiet de notre sort ni du lieu où nous allons vivre : deux de vos meilleurs amis, le comte d’Olban et le chevalier d’Autières, nous accompagnent avec quatre de vos gens les plus affidés. La patrie est bien là où l’on est bien. » (Mondor déchire la lettre.) Maximes d’enfer ! malédiction sur les infâmes et les perfides !