Hélas! l'homme n'a pas été préservé avec tant de soin ; des nations entières ont été exterminées par d'autres nations, sans qu'il en soit réchappé un seul. Mais il faut adorer la Providence : je l'admire dans sa prévoyance, que je n'aurais pas soupçonnée. Je croyais qu'un arbre laissait tout simplement tomber ses graines : je vois bien qu'elles auraient manqué d'air et d'espace, et, pour me servir de vos termes, que la métropole, en vieillissant, aurait anéanti toutes les colonies sous ses ruines. Mais l'idée de vos animaux est-elle bien conforme à l'action de cette Providence?
LE VOYAGEUR.
Le roi de Prusse avait ordonné que l'on coupât des forêts pour donner des terrains à de nouvelles familles. La chambre du domaine de Berlin lui représenta que le bois allait devenir fort rare. Il lui répondit : J'aime mieux avoir des hommes que des arbres. Croyez-vous que le grand Roi de tous les êtres n'a pas mieux aimé régner sur des millions de peuples différens que sur des machines aveugles?
LA DAME.
Vous allez rendre aussi le bois fort rare. Votre système est séduisant, mais il me laisse des doutes : vous ne me montrez pas les animaux ; on ne croit qu'à moitié, quand on n'a pas vu.
LE VOYAGEUR.
Vous avez vu des animaux se mouvoir dans le suc des plantes.
LA DAME.
Mais je ne les ai pas vus travailler, agir de concert, et faire toutes les choses admirables que vous m'avez dites.
LE VOYAGEUR.