Regardez mes madrépores et mes lithophytes : il y en a qui ressemblent à des choux, d'autres à des gerbes de blé. Ce sont les plantes de la mer ; les nôtres sont les madrépores de l'air.
LA DAME.
Ce n'est plus la même chose : vous m'avez dit que les madrépores ne donnent pas de fruits.
LE VOYAGEUR.
Cela n'est pas bien prouvé. D'ailleurs, ils vivent dans un fluide où il n'y aurait eu pour leurs fruits, ni chute ni roulement : il était donc inutile d'environner la colonie d'un corps lourd, ou d'une substance légère comme les aigrettes des graines, qui serait venue à la surface de l'eau. Il est cependant certain qu'on a observé dans leurs fleurs, un suc laiteux semblable à celui des graines de nos fruits : cette laite se répand dans la mer, comme celle des poissons.
Les élémens changent les mœurs et les arts. Un matelot et un bourgeois sont des hommes, cependant un vaisseau n'est pas fait comme une maison.
Les petits animaux qui bâtissent les plantes de l'air, vivent au milieu d'un élément qui est pour eux dans un mouvement perpétuel. Ils sont si petits, qu'un zéphyr leur semble un ouragan. Ils ont pris les plus grandes précautions pour assurer les fondemens de leurs édifices, et pour transporter leurs familles sans risques. Ils les enclosent dans des bâtimens bien couverts, afin qu'elles ne soient pas dispersées.
Ceux qui bâtissent dans la mer, vivent au milieu d'un fluide dont les parties ne s'ébranlent pas aisément : elles ne sont remuées que par flots, et par grandes masses. Les gouttes n'en sont pas mobiles et pénétrantes comme les globules de l'air, que la chaleur dilate et resserre sans cesse. Il ne leur fallait donc pas des appartemens bien clos comme les graines, puisqu'ils ne couraient pas le risque d'être dissipés si facilement. Je crois au reste avoir observé que leur laite est enduite d'une glaire qui n'est pas aisée à dissoudre.
Si les animaux qui travaillent dans l'eau, eussent vécu dans un élément encore plus solide, par exemple dans la terre, ils n'auraient été exposés à aucune espèce d'agitation. Il est probable qu'alors ils n'auraient pas eu besoin d'enfoncer des racines, d'élever des tiges, d'étendre des feuilles, de façonner des fleurs, et de fabriquer des fruits, comme ceux de l'air.
LA DAME.