Vraiment vous avez raison : aussi la truffe n'a aucune de ces parties-là ; elles lui seraient inutiles. J'ai vu des gens bien embarrassés à deviner comment elle peut se reproduire. J'imagine que dans les sécheresses, les petits animaux se communiquent entre eux par les fentes intérieures du sol où ils vivent. Il règne là un calme éternel : ce sont des canaux d'un fluide tranquille, où la navigation est fort aisée : il n'y faut point de vaisseaux ; on peut y nager en sûreté. A quoi serviraient les fleurs à une plante qui ne voit pas le soleil, et les racines à un végétal qui n'éprouve aucune secousse? Cette découverte me fait grand plaisir : je suis fâchée cependant que les animaux d'un fruit que j'aime beaucoup, aient si peu d'industrie.
LE VOYAGEUR.
Elle est proportionnée à leurs besoins : c'est une loi commune à tous les êtres animés. L'homme, qui est le plus indigent de tous, en est aussi le plus intelligent.
LA DAME.
Il vaudrait mieux en être le plus heureux. Ceux qui habitent les truffes sont peut-être plus contens que ceux qui vivent dans des palais.
Je trouve dans votre système des idées neuves. Il me paraît très-vraisemblable que les fleurs sont des miroirs. On peut, ce me semble, en tirer des conséquences utiles, ainsi que des graines. Je crois qu'il ne faut pas trop les enfoncer lorsqu'on les sème, puisque la nature les répand à la surface de la terre, et qu'elle repeuple ainsi les prairies et les forêts. L'industrie des graines qui volent, qui roulent, et qui s'élancent, me paraît admirable : mais sans doute ces mouvemens peuvent s'attribuer à d'autres lois, il faudrait, pour que votre système eût une certaine force, qu'après avoir rendu raison des effets ordinaires de la végétation, il en expliquât les phénomènes.
LE VOYAGEUR.
Vous en agissez avec moi comme les dames des anciens chevaliers : quand ils sortaient du tournoi, elles les envoyaient combattre un Géant ou un Maure. N'êtes-vous pas contente de savoir que la truffe est un madrépore de terre? Il a toutes les parties qui lui conviennent, et il ne peut en avoir d'autres. S'il y a d'autres végétations dans la terre, elles n'auront de même aucune des parties de celles qui vivent dans l'air. Je connais une racine et une fleur qui sont pareillement isolées, et par des raisons semblables : mais il me suffit de vous avoir résolu un fait inexplicable, la reproduction de la truffe.
LA DAME.
Oh! c'est moi qui l'ai expliqué : mais en voici un dont toutes les lois de l'hydraulique ne sauraient me rendre raison. Lorsqu'un arbre est jeune et plein de suc, souvent il continue de pousser des branches et des feuilles, sans donner de fleurs. Un jardinier expérimenté déterre une partie de ses racines, et il devient fécond. Pourquoi ne donne-t-il des fruits que quand il perd sa nourriture?