LE VOYAGEUR.

Les animaux qui ont des vivres en abondance, ne songent point à s'expatrier ; ils cherchent à augmenter les logemens : ils ne fabriquent que du bois. Dès qu'on leur a coupé les vivres, ils voient qu'il est temps d'envoyer des colonies s'établir au loin : on ne peut plus fourrager aux environs de la place.

LA DAME.

Celui-là était trop aisé : en voici un plus difficile. Lorsqu'un arbre a reçu quelque dommage considérable : par exemple, lorsqu'on lui a enlevé une partie de son écorce, au printemps il se charge de fleurs, ensuite de fruits, après quoi il meurt. Pourquoi à la veille de sa ruine rapporte-t-il plus qu'à l'ordinaire?

LE VOYAGEUR.

Dans l'arbre écorcé, le conseil s'assemble ; et voici comme on raisonne : « On nous a fait une brèche irréparable ; nos remparts et nos chemins sont détruits : nous allons mourir de froid ou de faim, allons-nous-en. » Tout le monde se met à construire des fleurs ; on se retire dans les fruits ; la métropole est abandonnée, et l'arbre meurt l'année suivante.

LA DAME.

Je ne sais par où vous prendre. Il me semble que vous satisfaites à toutes les difficultés ; le système ordinaire en laisse de grandes. J'avais ouï expliquer le développement des plantes, par l'air qui monte en ligne droite dans les canaux de la végétation, et cependant j'avais vu les pivots des pois se recourber vers la terre qu'ils semblent chercher. J'avais ouï dire que dans les germes, la plante était tout entière avec ses graines à venir, qui contenaient encore les plantes futures, ainsi de suite à l'infini ; ce qui me paraissait tout-à-fait incompréhensible.

LE VOYAGEUR.

Il y a un degré en descendant où la matière n'est plus susceptible de forme ; car la forme n'est que les limites de la matière. Si cela n'était pas, il y aurait autant de matière dans un gland que dans un chêne, puisqu'il y aurait autant de formes, attendu qu'il y a, dit-on, un chêne tout entier renfermé dans le gland.