Sturmius. Il faut parler de cela aussi; & en dà, qui ne le diroit, on l'oublieroit, plus on ne le feroit; si plus on ne le faisoit, on ne mangeroit plus de chapons, ni de lard. Ces réformateurs-ci veulent tout perdre; & bien je m'en tairai, & le laisserai aux autres, & au maître de céans, suivant l'avis de ce gentilhomme qui soupa hier céans, qui disoit qu'il n'appartient qu'au maître de la maison & au coq à le faire.

B. Je m'en souviens: sa fille voyant le coq qui cauquoit les poules à petit semblant…

Ciceron. (Il faut dire cochoit, en bon françois, comme tantôt le disoit notre maître Barrelette, parlant de ce que font les autres animaux; & ainsi que je lui ouis dire en chaire, il protestoit, de grande douleur, de la faute qui se commettoit au genre humain; c'est que les grands, & ceux & celles qui ont des juges leurs amis, si d'aventure vont s'exercer le bout autre part, ou faire amittonner l'ouverture spéculative après nature, cela leur est joliment imputé à faire l'amour en tout honneur & galantise. Mais si c'est quelque pauvre diable, cela sera dit adultere, ou paillardise, ou rapt; & puis vous fiez à ces Justinians de tous les diables. Or, je les recommande tous à chapitre, s'ils veulent être gratifiés. Ainsi il faut punir ceux ou celles qui n'ont de quoi maintenir ou acquérir réputation. Je m'en rapporte à ce que jadis nous faisions en notre ville de Rome. Si quelque pauvre preneur de loups étoit surpris en la réverbération naturelle, il étoit mené en la place publique, & là on lui appliquoit de la poix toute chaude au cul, qu'après on tiroit: & ainsi on lui arrachoit le poil, & puis en vieil & bon langage hétrusque, on le nommoit drôle qui avoit la fesse tondue.) Cette fille, quoi! Dites-nous donc.

Sturmius. Le coq faisoit mine de donner la venue aux poules, dont cette fille, qui le voyoit, & en étant fâchée, pour l'intérêt de ces pauvres poules qui étoient trompées, me dit tout haut: voilà un coq qui fait bien l'ivrogne.

Beze. Il avoit peut-être l'éguillette nouée, comme R. qui rechercha long-tems la belle Marguerite, avec laquelle il fut marié. Mais P. son corrival, qui étoit fâché de cette alliance, & qui aimoit la belle, leur noua l'éguillette, si bien que jamais ils ne purent avoir accointance mystique l'un de l'autre, qui fut cause qu'après plusieurs procédures, R. fut déclaré impuissant, & partant démarié; & puis, par le consentement de tous, P. fut en grace, & marié avec Marguerite. Le soir qu'ils devoient coucher ensemble, la belle étoit allée en la chambre, pour l'apprêter, où ayant vu d'ordre les besongnes, & la tavayole de P. en y nichant, elle trouva une éguillette violette nouée, qu'elle prit, sans que l'on s'en apperçût. Ayant avisé à ce petit ménage, elle descend & se vint remettre en la troupe, dont elle ne s'étoit retirée qu'à l'heure qu'on dressoit les tables pour le souper, qui est le tems que chacun va à ses petites commodités, & les filles pisser. Le soir, comme on eut bien dansé, qu'il ne s'en falloit gueres que l'on ne parlât de mener coucher la mariée, qui se feignoit lasse; P. la vint entretenir: eh bien! ma maîtresse, comment vous va? Elle lui répondit, selon l'avis qu'elle eut; & se mit à deviser avec lui; sur quoi, elle lui conta qu'elle avoit été voir son deshabillé, & ajouta qu'elle y avoit vu une éguillette nouée, dont il se prit à rire. Elle l'enquêta qu'il avoit à rire; & il lui conta qu'il rioit du bien que cette éguillette lui avoit fait étant cause qu'il l'avoit eue. Après qu'il lui eut déclaré cette fourbe, elle ne fit mine aucune; aussi se prit à rire, sans dire qu'elle eut l'éguillette. Or il fallut faire collation, & déshabiller la mariée. La mariée, étant avec une sienne chambriere d'âge, qui savoit ses secrets, fit semblant de vouloir aller à la garde-robe; mais elle alla bien plus loin. Elle, avec cette bonne femme, prit le chemin de la maison de R. Cependant on la cherchoit; & pensoit-on qu'on l'eût détournée pour rire, comme souvent il avient. Etant arrivée chez R. elle dénoue l'éguillette, & s'entre-communiquerent les douceurs prétendues; & l'autre fut le plus sot.

Turpin. Mais elle, d'autant que demeurant avec P. n'eût pas laissé de s'accommoder avec R. comme il avint à notre ami maître André, qui, à cette heure, est sergent. Il avoit une prébende à Chartres, laquelle il laissa, pour se marier avec une belle fille, à laquelle, au matin de la premiere nuit de ses nôces, il dit: eh bien, ma mie, tu vois comme je t'aime, d'avoir laissé ma prébende pour t'avoir! En dà, vous avez fait une grande folie; vous deviez garder votre prébende, vous n'eussiez pas laissé de m'avoir.

Beze. Elle savoit donc, qu'il y a des chanoines qui fouaillent? Le penseriez-vous?

Neron. Vraiment, il les feroit beau voir, si cela étoit; ils feroient des enfans qui seroient charretiers, qui meneroient pere & mere à tous les diables. Pourquoi non ne s'ébattront-ils avec les femmes?

Turpin. Avisez-y; & sachez que cloîtriers, qui n'aiment point les femmes, sont toujours après à relêcher quelque vieille hérésie, sous ombre de dégoiser sur la réformation, parlant des vices qu'ils imputent aux autres, lesquels sont plus tolérables que les leurs. Hé bien, s'accommoder avec femmes n'est pas tant mal que de troubler la chrétienté; & puis, faire tel œuvre, apporte la béatitude: de là vient qu'on les appelle béats peres.

Ciceron. C'est bien parlé cela, aussi ne faut-il pas dire comme le commun, qui dit: beau-pere. Et certes ils sont béats, c'est-à-dire, heureux, d'autant que bienheureux est le pere, qui n'a point la peine de nourrir ses enfans.