Article.
XXV. Mais pour vous rendre joyeux comme un âne qui a un bas tout neuf, je vous commencerai encore à vous dire qu'il y a ici plusieurs messieurs qui se fâchent d'être nommés, parce qu'ils dédaignent la sotte gloire, & ne veulent pas qu'on estime qu'ils soient payés pour cela. Pensez-vous que Ciceron soit aise qu'on dise de lui: voilà des épîtres qu'il a faites? Non, non; il veut que l'on croie qu'il est avec une belle épée, faisant le tiercelet d'empereur. Ainsi plusieurs, qui sont gentilshommes portant les armes, témoignent par leurs écrits que ce qu'ils font, en vers ou en prose, n'est que pour dire que, s'ils y prenoient autant de peine que treize, ils en tireroient quelque échantillon. Ceux-là sont galants; ils ont le laurier des armes, où souvent ils ne savent gueres, & encore moins aux lettres; d'autant qu'il est mal séant à un guerrier de savoir.
Cusa. Et puis dites que vous en avez, hérétiques, qui crevez de dépit, quand vous voyez un homme de bien qui profite, & que vous venez à lire les authentiques des peres, & vous ne savez qui les a écrites.
Quelqu'un. Or ça, pour l'amour que je porte à la bonne chrétienté, je vous veux enseigner une chose notable, & que vous ne trouverez autre part, parce que ce qui doit être dit, doit être ici. Jadis, il y avoit une sorte de gens qui vivoient quatre fois autant que les autres, il y en a encore en la hiérarchie de double linge.
Ciceron. Qu'est-ce à dire?
L'autre. Que tu es sot! Ceux qui ont un surplis, n'ont-ils pas double linge? Ceux-là sont les secrétaires de vérité. Aussi ont-ils charge de considérer les femmes grosses, les enfans qui en naissent, afin que, s'il avient que quelqu'un soit ou grand, ou saint, ils sachent à dire ce que déja il faisoit dans le ventre de sa mere, encore qu'elle eut vécu cent ans. Hé bien, vous ne saviez pas cela? Je vous en dirai bien d'autres, si vous me voulez promettre de ne vous enquérir plus de nos amis. Que si vous les savez, & qu'il vous plaise vous en donner au cœur joie, mettez leurs noms devant les articles de ces dialogues. Ceci, se fait, parce que nous sommes au plus délicieux des secrets, & on diroit: c'est tel ou tel qui les a découverts. Il ne le faut pas. Je ne sais si je me pourrai amancher en discours.
Asclepiades. Là, donc, mon mignon du Touret, pour l'amour de la compagnie, je vous prie ne me reprochez la vieille mode des dames; je m'en souviens assez. Quand j'étois page de madame Combardavit, il avint en ce temps-là que nous allions en un voyage d'amour; j'étois émérillonné comme un sacre; les filles étoient allées ployer le toret, c'est-à-dire, pisser. Or il y en avoit une qui, pour n'avoir eu le loisir de sortir du chariot, avoit chié en ses queues, sous le nez de vous. Elle étoit en la garderobe, fort empêchée, & coupoit le derriere de sa chemise emplâtrée, comme le cataplame d'un goutteux. Je l'épiois, d'autant que c'étoit une belle foireuse. Elle qui m'avisa, me va droit jetter au nez ce qu'elle avoit coupé de son derriere. Au diable le parfum! J'en eus une belle museliere; & dieu merci & vous, vous m'en faites la guerre.
Cesar. Oh bien, je ne le dirai plus; en dà, poursuivez.
Asclepiades. Par mon ance! on pourroit aller autre part, qu'on ne trouveroit pas un homme si délibéré que moi.
Alexandre. Je voudrois pour la récompense, cher ami, que tu eusses épousé, c'est-à-dire, que tu fusses marié à la plus jolie nonnain du monde.