These.

IV. Un viel peintre avoit une femme jeune, belle & jolie, dont il étoit fortement jaloux, ainsi qu'il est séant à tel âge. Cette jeune femme faisoit semblant de n'y penser pas. Toutefois elle n'étoit point contente de ce que son mari ne tiroit pas si souvent au naturel, qu'elle eût désiré: à quoi elle pourvut au moyen & aide d'un jeune peintre, en quoi elle se gouvernoit tant simplement & faisant la chatemite, qu'il sembloit qu'elle n'y touchât pas. Même elle portoit un semblant tant nice & honteux, qu'elle faisoit presque difficulté de regarder l'endroit de la braguette, & eût fait conscience d'ouïr parler un homme. Toutefois cela n'effaça point l'ombrage de son mari, qui, ayant affaire aux champs pour quelque temps, sur le point qu'il falloit partir, ne pouvant plus s'en excuser, étant necessaire qu'il y allât, avoit fort mal à la tête. (Les dames de Touraine font distinction entre mal & douleur de tête. Mal, c'est quand il est comme de ce peintre; douleur, quand le sens triste l'occupe. Quand donc l'opinion cornue est en la tête, c'est mal; & cela fait ainsi, à ce que m'a conté le sire André T. comme quand une dent perce; c'est que, la corne perçant, cela fait mal.) Etant le peintre sur la conclusion de son partement, il dit à sa femme: ma mie, je vous aime beaucoup; mais je désire de vous quelque chose, qui me fera assurance de votre honnêteté. Mon ami, tout ce qui vous plaira; je ne vous ai jamais refusé de rien, ni ne ferai. Sur cet accord, & lui ayant dit son intention, sur la peau de son ventre, où elle est plus licée & polie, il y peint un âne, puis s'en alla. Il ne fut pas gueres loin, que le compagnon ne vînt voir la belle, & garder le corps de cette femme, à laquelle il savona bien & beau les fauxbourgs des fesses. Comme elle sentit le proche retour de son mari, elle avisa son ami de cet âne, qui, y regardant, le vit tout effacé, excepté la tête & les jambes. Hélas! que ferai-je, dit-elle? Ne vous souciez; je les racoûtrerai bien. Ce qu'il fit, & le vêtit d'un petit joli bât tout neuf, si que le voilà joyeux près la pâture vitale, & étoit si bien qu'il n'y manquoit que la parole. Le mari revenu, fut reçu, avec une douce liesse & bonne chere, comme le bien aimé, à force accollées & baisers mignons. Sur le soir, en devisant, il s'avisa: Eh bien ma mie, notre âne? Mon ami, je n'ai point pensé à lui; je ne sais comment il se porte. Il leve la chemise de sa femme, & le regarde. A, ha, dit-il, en grande admiration, voilà bien mon âne; mais au grand diable soit qui me l'a bâté. Depuis, pour parler en paroles couvertes, on a dit: bâter l'âne, pour signifier faire, verminer, besogner, &c.

Antiphon. Les filles de notre pays disant en paroles couvertes, parlent bien autrement, témoin la fille de chambre de mademoiselle de la Forest, femme d'un conseiller. Un paysan lui apporta un lievre, qu'il mit, en l'absence de monsieur, ès mains de la fille de chambre nommée Andrée, laquelle il prie affectueusement de le présenter à monsieur, & lui recommander son procès, dont il étoit rapporteur, & qu'il avoit nom le Vit. (Une dame ne fit pas, un jour, difficulté de le nommer. Je lui faisois je ne sais quelle petite haire; & elle me vouloit dire: vous faites bien les trois lettres, S, o, t, sot; elle brocha des babines, elle me dit: vous faites bien des trois lettres, V, i, t, vit.

Leon l'Hébreu. Et ma cousine Esther, qui avoit nommé son cela naturellement, me répondit naïvement. O ma mignonne! lui dis-je, qu'avez-vous dit? Vraiment, mon cœur, dit-elle, je n'ai pas dit con).

Antiphon. Durant le dîner, Andrée s'avisa de son message, & dit: à propos, monsieur, il est venu ici un homme qui vous a apporté un grand lievre. Où est-il? Je le vais quérir. Le voilà. Vraiment il est beau; il le faut mettre en pâte. Monsieur, il vous recommande ses affaires, ce pauvre homme. Comment a-t-il nom! Je ne l'oserois dire; il est trop sale. Si vous ne le dites, je ne saurai qui m'aura donné ce lievre. Ardez, monsieur, vous savez bien qui il est; je n'oserois dire ce nom-là, il est trop sale. Mademoiselle lui dit: dites-le en paroles couvertes. Bien donc, Monsieur, il a nom comme cela avec quoi on fout.

Munster. D'un âne vous êtes venu à un lievre, je crois que c'est à cause des oreilles; à raison de quoi, pour le mettre en cosmographie, je vous dis que je ne vis oncques âne plus joli, que celui d'un apothicaire de Tours. Son maître même m'en a assuré, nous en faisant le discours ainsi. J'ai l'âne le meilleur du monde: même il est si naturel, qu'il me sent d'une demi-lieue.

Chapitre.

V. Vous me faites souvenir d'un voyage que nous fîmes en Espaigne; l'année que l'empereur devint fou. Je pense qu'Espaigne, c'est-à-dire, Espargne, i, pour r, comme il est écrit ès prologues des institutions de droit. Etant avec ces magnifiques, ils nous fêtoyerent aussi magnifiquement, & le tout de paroles. Je ne vis jamais tant de beaux banquets de paraphrases; les paroles y étoient apprêtées en toutes sortes; il y en avoit de couvertes en mode de pâtés de venaison; il y en avoit de rassises, pour manger avec du pain frais: le menu étoit de ces petites paroles, syllabes & lettres que l'on mange en poésie & en prose. Certainement ils nous en firent bonne chere: mais cela pourtant nous passoit apostrophiquement par la bouche. Les confitures & le dessert étoient révérences: & pour la bonne bouche, nous eûmes le mot de guet, & le mot pour rire. Voilà comment nous fûmes traités, avec belle eau fraîche, si nous en voulions. Cela étoit mal au ventre. (Ils ne nous traiterent pas, comme le mercier de Loches faisoit sa femme. Sa mere lui dit: mon ami, traitez-là bien doucement. Vraiment il le faisoit; il lui bailloit des oussemens. Ainsi les sages-femmes l'entendent, quand elles disent aux premieres grosses des autres: consolez-vous, ma mie, il en sortira plus doucement qu'il n'y a entré.) Or, nous fûmes bien arrivés auprès de la bonne eau d'Espaigne. Vraiment, si jamais je refais ma cosmographie, je ferai telle description de ce pays là, que l'on croira aisément que les peuples y sont enragés.

Apicius. Mais à propos d'eau, quand un homme entre où l'on dîne, lequel est le plus excellent, si on lui présente de l'eau ou du vin!

Le bon homme. C'est à ce coup, que l'on connoîtra vos bons esprits. O la belle proposition! ô le beau problême notable, qui fut débattu au concile des trois dixaines! Or boivez, pour décider cette affaire.